Moi, maintenant, dans la Terre Délicieuse, vraiment Moi maintenant, je vénère les menues péripéties quotidiennes et leur signification profonde. Avec simplicité je jouis de la lumière pendant qu'elle brille. Moi, maintenant, je sais vivre.

Non pas le jugement des autres m'intéresse, ni eux le mien: mais vois-tu l'ombre balancée du tamaris sur le seuil de ma case? Qu'il est heureux et beau! Qu'il est riche! Qu'il est généreux! Comme il partage la joie qu'il me donne!

Non pas ce que je ferai, ce soir, ni l'échéance de demain; non plus les fameuses Questions proposées à l'inquiétude publique.—Je regarde un sein de femme, je l'admire et j'y trouve de graves enseignements, je l'écoute, et docile j'obéis, s'il commande.

Et je sais de même quelle science émane d'une tête tremblante de vieillard et de la bouche fraîche d'un enfant qui rit.

Et je sais que cette science est toute la science, tout l'art et toute la vie.

Par elle, on comprend ce qui est, on aime ce qui est: l'enfant, dans l'enfant. Pourquoi l'homme futur?

Par elle, on touche à l'éternel, qui n'a pas d'avenir,—et par cette science de joie et d'amour qui fleurit dans tes jardins, ô Terre Délicieuse, j'ai connu le bonheur et je me suis guéri du mal occidental d'espérer.

II

_C'est printemps! C'est matin! C'est fête!
Viens! Que fais-tu, songeur, seul au seuil de ta porte!
—J'écoute chanter dans ma tête
Le refrain d'une chanson morte.

Plus de lumière, plus de bruit.
Ferme les yeux: le ciel est tout de noir tendu.
—Non! je vois luire dans la nuit
Le reflet d'un rayon perdu.