Dans mes yeux et dans ma pensée
La trace n'est pas effacée
De la grande aurore passée.

Sur les vagues et dans le vent
Plus haut que la voix des vivants
La voix des morts vibre souvent.

Flots, ô forêts, ô fleurs folles d'être vivantes, Vous êtes l'épanouissement du passé. L'épanouissement des germes entassés

Dans les profondeurs des tombes ferventes.
Et toi, race dorée, ô radieuse encore!
Le dernier reflet d'un rayon perdu
Mêle un charme fané à tes gloires d'aurore,
Et j'ai bien souvent, hélas! entendu
Dans l'iméné des soirs, dans ta voix jeune et forte,
Le refrain mourant d'une chanson morte.

Extases de la vie, amours, clartés, parfums, Réalités plus belles que toutes rêvées,

Vous êtes les fleurs de jardins défunts:
Elles furent d'un sang héroïque abreuvées
Qui ne coulera plus—Chansons mortes! Rayons perdus!

III

Douceurs, violences, gravités, caprices, tant de fois à la fois changeante, et toujours la même: elle a ses raisons.

C'est l'harmonie, contrastée et constante, de la fraîcheur abandonnée de la vie au matin charmant, et des précautions et des terreurs dont le soir plein de menaces veut être accueilli.

C'est la pirogue, sur les vagues, montant et redescendant sans cesse, avec une élégance parfaite jusqu'en ses évolutions les plus vites.