Dans la nuit effrayante des fourrés, où rampent les lianes rousses,—Elle habite.
Le jour ne viole jamais cette retraite et nul bruit de la vie ne vibre de là, nul bruit, même alors que la Déesse bondit, prend sa course et s'emporte à travers les halliers. Elle est taciturne, et, sous ses pieds cruels, la terre épouvantée se tait.
Si tu regardais longtemps au fond de l'ombre, Elle est là.
Tu verrais, à mesure que la clarté du ciel déserterait tes yeux, dans la nuit des fourrés, la forme épouvantable et grandiose luire.
Une lumière propre émane d'Elle; d'une lumière inféconde, qui brille sans produire de chaleur et qui n'éclaire que ses pas, dans la nuit effrayante, dans la nuit des fourrés, Hina des Bois rayonne.
Regarde longtemps.
Elle est là:
Furieuse, roulant du feu sous ses paupières, Et serrant de ses deux lourdes mains de guerrière Contre son ventre qu'il déchire un louveteau, Nue, avec ses cheveux pour somptueux manteau, Chaste, avec sa chevelure voluptueuse, Hina des Bois, monstrueuse et majestueuse, Ivre d'orgueil, de rage et de douleur, Hina La Chasseresse! Hina du sang et de la mort!—L'effort tend ses nerfs, gonfle ses veines. Farouche, Affreuse, le front bas, de l'écume à la bouche, Et les dents longues qui broient à vide: mais vois Quel sublime incendie allument dans les bois Les éclairs roux de sa profonde chevelure! Mais sur sa gorge vois comme la ligne est pure De ses deux seins de femme, au carnage étrangers, De ses deux seins de femme, harmonieux, légers, Et qui jurent, Amour, que ta divine joie A sa source au coeur de cette bête de proie!
V
Fête à Hina la bienveillante et la bonne! Fête à Hina de la vie et de l'amour!