Le peuple vient derrière. Mais maintenant, s'abandonnant à sa joie, il ne cesse de crier:

—Maëva Arii!

L'idole est solennellement rétablie sur l'autel.

Ici se termine la fête religieuse. La fête populaire va commencer.

Comme il a communié avec les Dieux dans leur temple, comme il a communié avec la nature dans la mer, le roi va communier avec son peuple.*—Le roi, couché sur des nattes, va recevoir le dernier hommage du peuple.

* Il est à craindre que les missionnaires (qui nous ont conservé ces traditions) aient légèrement, dans un but qu'on devine, calomnié sur ce point comme sur tant d'autres les ancêtres de leurs ouailles. Mais, à travers ce qu'il a de brutal, de grotesque et même de répugnant, on conviendra peut-être que ce rite suprême ne manque pas d'une singulière beauté.

Hommage frénétique; d'un peuple sauvage.

C'est toute une foule exprimant son amour pour un homme, et cet homme est le roi. C'est le dialogue, grandiose jusqu'à l'horreur et jusqu'à l'épouvante, d'un homme et de la foule.

Demain, il sera le maître, il disposera à son gré des destinées assujetties à la sienne et tout l'avenir est à lui. La foule n'a qu'une heure!

Des hommes et des femmes, entièrement nus, entourent le roi en dansant des danses lascives, et s'efforcent de toucher certaines parties de son corps de certaines parties du leur. Il ne parvient pas toujours à éviter les contacts, à se préserver des souillures. Et l'épilepsie populaire grandit, devient furieuse. Toute l'Ile douce vibre d'affreux cris: dans le soir qui tombe, l'apparition fantastique d'une multitude folle, aux geste forcenés.