* On ne peut méconnaître le sens symbolique de ce rite, claire interdiction de l'anthropophagie.
On place ensuite la statue du Dieu sur un brancard sculpté que portent les prêtres. Le roi, assis sur les épaules de deux chefs, suit l'idole jusqu'au rivage, accompagné des Aréoïs comme au départ. Tout le long du chemin, les prêtres ne cessent de sonner de la trompette et de battre du tambour en dansant.
La multitude marche derrière, silencieuse et respectueuse.
A l'anse du rivage se balance la pirogue sacrée, décorée, pour cette solennité, de branches vertes et de fleurs. On y introduit d'abord l'idole. Puis, on ôte au roi ses vêtements, et les prêtres le conduisent dans la mer, où les Atuas Mao (les Dieux-Requins) vont le caresser et le laver dans les flots.
Ainsi consacré une seconde fois par le baiser de la mer, sous les regards du Dieu, comme il l'a été une première fois par le Dieu lui-même dans son temple, le roi monte dans la pirogue sacrée, où le grand prêtre lui ceint autour des reins le maro oüroü et autour de la tête le taoü mata, les bandeaux de la souveraineté.
Debout à l'avant de la pirogue sacrée, le roi se montre au peuple.
Et le peuple, à cette vue, rompant enfin son long silence, fait retentir de toutes parts le cri solennel:
—Maëva Arii! (Vive le Roi!)
Quand le tumulte de ce premier mouvement d'allégresse a cessé, on place le roi sur le lit sacré où, tout à l'heure, était l'idole, et on reprend le chemin du maraë, à peu près dans le même ordre processionnel qu'on a observé pour en venir.
Les prêtres portent l'idole. Les chefs portent le roi. Les prêtres ouvrent la marche avec leur musique et leur danse.