Dans la société des Aréoïs, la prostitution était une obligation sacrée. Nous avons changé cela. Non point qu'à Tahiti, depuis que nous l'avons comblée des bienfaits de notre civilisation, la prostitution ait cessé: elle prospère. Mais elle n'est plus ni obligatoire ni sacrée. Elle est, simplement, sans excuse et sans grandeur.

La dignité ecclésiastique se transmettait de père en fils, et l'initiation commençait dès l'enfance.

La Société était divisée, à l'origine, en douze loges, qui avaient pour grands maîtres les douze premiers Aréoïs. Puis venaient des dignitaires de second ordre et enfin des apprentis. Les divers grades se distinguaient par des tatouages particuliers, aux bras, aux côtés du corps, aux épaules, aux jambes et aux chevilles.

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Du loin d'autrefois, du Matamua des Aréoïs, cette scène maorie: l'intronisation d'un roi.

Le nouveau chef sort de son palais, revêtu d'ornements somptueux, entouré des principaux de l'Ile, précédé des Maîtres Aréoïs, qui portent dans leurs cheveux les plumes les plus rares.

Il se rend avec son cortège au maraë.

En l'apercevant, les prêtres, qui l'attendaient sur le seuil, proclament à grand bruit de trompettes et de tambours que la cérémonie commence.

Puis, entrant avant le roi dans le temple, ils placent une victime humaine, morte, devant l'image du Dieu.

Le roi et les prêtres récitent et chantent ensemble des prières; après quoi, le prêtre arrache à la victime les deux yeux. Il offre l'oeil droit au Dieu et l'oeil gauche au roi: celui-ci ouvre la bouche comme pour avaler l'oeil sanglant, mais le prêtre le retire aussitôt et le joint au reste du corps.*