«Consulter crimes et en particulier le dernier (affaire en instruction à Atuana, février 1903).
«A côté des crimes, très rares heureusement, la population est très douce en général, il ne reste donc uniquement que les contraventions délits de boisson.
«Les naturels n’ayant rien, rien pour se distraire, ont en tout et pour tout le recours à la boisson fournie gratis par la nature, c’est-à-dire le jus d’oranges, de fleurs de coco, bananes, etc., fermenté quelques jours et qui sont moins nuisibles que nos alcools en Europe.
«Depuis cette défense de boire qui est toute récente et qui supprime un commerce rémunérateur pour les colons, l’indigène ne pense plus qu’à une chose, c’est de boire et pour cela il fuit les centres pour aller se cacher ailleurs, et de là l’impossibilité de trouver des travailleurs. Autant leur dire de retourner à la sauvagerie. Et qui plus est, la mortalité augmente.
«Le gendarme se trouve à son affaire. La chasse à l’homme. C’est comme on voit d’une haute moralité.
«Je demande donc à Messieurs les inspecteurs d’examiner sérieusement la question afin de demander aux autorités en France, aux hommes qui s’occupent de justice et d’humanité, ce que je vais leur demander à eux.
«1º Afin que la justice aux Marquises soit respectable et respectée, je demande que les juges ne communiquent avec la gendarmerie que rigoureusement pour les affaires, logeant et mangeant tout ailleurs (on les paye pour cela).
«2º Il faudrait que le juge n’accepte les rapports de gendarme qu’après un contrôle sérieux, sollicitant même chez les colons les renseignements officieux qui lui seraient utiles, et surtout qu’il n’applique la loi que lorsque le gendarme a agi régulièrement. Et pour cela, je demande que les règlements concernant la gendarmerie soient affichés dans le bureau de cette gendarmerie: que toute infraction à ces règlements commise par le gendarme soit un cas de cassation immédiate en justice et punie sévèrement.
«3º Je demande que les amendes concernant la boisson soient proportionnelles à la fortune du pays, car il est immoral et inhumain qu’un pays qui rapporte 50.000 francs par exemple de produit soit imposé en contraventions de 75.000 francs plus les impôts, les prestations et les octrois de mer qui, entre parenthèses, rentrent dans une autre caisse que celle de la colonie, à la disposition fantaisiste d’un gouverneur.
«Et c’est le cas, Messieurs les inspecteurs, vérifiez les chiffres pendant que vous êtes ici.