«Je demande aussi que le rapport du gendarme ne fasse pas foi en justice jusqu’au jour où il pourra avoir un contrôle sérieux comme dans nos pays, jusqu’au jour aussi où la population indigène sera susceptible (connaissant la langue française) de témoigner contre ce gendarme sans être terrorisée, sans passer aussi par les mains d’un interprète si sujet à caution, attendu qu’il est à la disposition complète du gendarme (sa position en dépend) et qu’en sorte il ne connaît que très imparfaitement le français, comme on peut le vérifier.
«Si d’une part vous faites des lois spéciales qui les empêchent de boire, tandis que les Européens et les nègres peuvent le faire; si d’autre part leurs paroles, leurs affirmations en justice deviennent nulles, il est inconcevable qu’on leur dise qu’ils sont électeurs français, qu’on leur impose des écoles et autres balivernes religieuses.
«Singulière ironie de cette considération hypocrite de Liberté, Égalité, Fraternité, sous un drapeau français en regard de ce dégoûtant spectacle d’hommes qui ne sont plus que de la chair à contributions de toutes sortes, et à l’arbitraire gendarme. Et cependant on les oblige à crier: «Vive monsieur le Gouverneur, vive la République.»
«Vienne le 14 Juillet, on trouvera dans la caisse pour eux 400 francs, tandis qu’ils auront payé en outre de leurs contributions, directes ou indirectes, plus de 30.000 francs d’amendes.
«De ce fait, nous colons, nous pensons que c’est un déshonneur pour la République française et ne vous étonnez pas si ici un étranger vous dit: «Je suis bien heureux de ne pas être Français,» tandis que le Français vous dira: «Je voudrais que les Marquises soient à l’Amérique!»
«Que demandons-nous, en somme? Que la justice soit la justice, non en vaines paroles, mais effectivement et pour cela qu’on nous envoie des hommes compétents et animés de bons sentiments afin d’étudier sur place la question et ensuite agir énergiquement... Au grand jour.
«Quand par hasard les gouverneurs passent par ici c’est pour faire de la photographie et quand quelqu’un d’honorable ose leur parler, leur demander de réparer une injustice, c’est une grossièreté et une punition qui sont la base d’une réponse.
«Voilà, Messieurs les inspecteurs, tout ce que j’ai à vous dire si toutefois cela vous intéresse, à moins que vous ne disiez comme Pangloss:
«Tout est pour le mieux, dans le meilleur des mondes.»
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