Impossible de voir, ou si peu.
Les portes de la prison s’ouvrirent et l’escorte se mit en marche. Les gendarmes avaient tiré leur sabre et un silence extraordinaire se fit immédiatement (comme un mot d’ordre), beaucoup enlevèrent leurs chapeaux. Seuls, en habit noir, la police de sûreté, le bourreau. En blouse bleue les aides-bourreaux.
Je voulais voir cependant et quand je veux, je suis très obstiné: je traversai au galop la place et je vins (troublant le respect du moment), au centre, me fourrer entre deux bottes de gendarme.
Personne n’osa bouger.
Je vis alors l’escorte s’avançant péniblement et entre deux poteaux de la guillotine une tête abominable, inclinée, désolée, comme affolée par la terreur.
Je me trompais, c’était l’aumônier. Quel extraordinaire acteur celui qui contrefait ainsi les assassins, la douleur!
L’assassin, tout petit, mais de forte encolure, avait une belle tête non résignée et malgré toute la mauvaise apparence de ses cheveux coupés ras et de sa grossière chemise de toile, il était convenable.
La planchette bascula si bien qu’au lieu du cou ce fut le nez qui porta. De douleur l’homme fit des efforts et brutalement deux blouses bleues pesèrent sur ses épaules, ramenant le cou à la place désignée. Ce fut une longue minute et enfin le couteau fit son devoir.
Je fis mes efforts pour voir sortir la tête de sa boîte; trois fois je fus repoussé. On allait à quelques mètres chercher de l’eau dans un seau pour inonder la tête.
On se demanda pourquoi juste au-dessous de la boîte il n’y aurait pas un robinet tout préparé à cet effet. Je me suis demandé pourquoi on ne prenait pas la mesure du prisonnier de façon que la planchette au moyen d’un pas de vis puisse être juste à la distance voulue de l’échancrure qui reçoit le cou du supplicié?