La Siccatore avait avec elle pour tenir son café un mâle. Dans ce café se réunissaient un tas de gens tout à fait louches. Le patron eut vent de toutes ces confidences faites par cette femme et un beau jour sans rime ni raison il jeta à la figure de Vincent un bock qui lui fendit la joue.

Vincent tout ensanglanté fut jeté hors du café. Un sergent de ville passait à ce moment et lui dit sévèrement: «Circulez!»

D’après Van Gogh, toute l’affaire Pausini, comme beaucoup d’autres, aurait été mûrie en cet endroit de connivence avec Siccatore et l’amant.

Il est à remarquer que presque tous ces établissements sont au mieux avec la police.

De cette affaire Pausini, une autre affaire en découle, toujours conçue à ce fameux café, d’après Vincent, c’est l’affaire Prado, cet homme qui pour la voler, assassina une courtisane puis la bonne, puis la petite fille, qu’il aurait violée. Ce n’est que bien plus tard que la police fatiguée des cris de la presse trouva un soi-disant assassin qui se trouvait réfugié à la Havane. Il fut presque impossible de découvrir le vrai nom de cet homme extraordinaire. On trouva une femme qui déposa contre lui tout ce que la police voulut lui faire déposer et cependant elle fut considérée comme complice. Personne n’y comprit rien, ni la presse, ni la justice, ni l’assassin qui s’écriait: «Je suis, c’est vrai, un bandit et j’ai tué auparavant, mais je ne suis pas coupable de ce crime.»

Cette affaire en ce cas rappellerait l’affaire ténébreuse de Balzac. Qu’importe, il fallait que la police ait le dernier mot. Cet homme fut condamné à mort.

Moi et un ami nous fûmes prévenus par dépêche adressée au café de la Nouvelle Athènes par un capitaine de la garde municipale.

A 2 heures et demie du matin, nous étions, place de la Roquette, à attendre l’exécution, battre la semelle, car il faisait un grand froid cette nuit très sombre. Tout au plus, pour tuer le temps, l’arrivée de la machine et son montage. Il ne fallait pas songer un instant entrer dans la petite enceinte réservée qui se trouvait à côté de la machine car elle était déjà pleine de gens qui sans bouger, pressés les uns sur les autres, étaient là à attendre le matin. Enfin le moment était proche; les quelques lueurs qui annoncent le lever du soleil me permirent d’entrevoir l’aspect de la place. Un grand demi-cercle autour de la guillotine, des troupes, la police. D’un côté la voiture de la guillotine et le fourgon au cadavre: de l’autre, la place réservée.

Devant la guillotine, au centre, cinq gendarmes à cheval.

Et soudainement la police, brutalement, se mit à nous pousser, nous promeneurs, vers l’extrémité du cercle.