Une histoire en amène une autre. Je me souviens qu’une fois, un soir, j’avais un peu bu et à minuit je rentrais dans une rue du Havre; j’étais marin de commerce à cette époque. Je faillis me casser le nez contre un volet qui, entr’ouvert, débordait. «Cochon!» m’écriai-je, et je tapai sur le volet qui ne voulut pas se refermer... Je te crois, il y avait là un pendu qui ne voulait pas. Cette fois je ne dépendis pas, continuant mon chemin (j’avais un peu trop bu) me disant sans cesse à haute voix: «Le cochon! c’est se fouttt’ des passants, il y a de quoi vous casser la figure.» Heureux ceux qui sont toujours comme il faut.

*
* *

J’ai connu à Tahiti un brave garçon, très naïf, domestique chez un riche colon. Il voulait à toute force coucher avec la fille du patron, et pour ce... tous les jours la famille buvait du lait spermatisé. Il ne réussit pas, je crois, car ce fut le patron qui voulut faire des caresses. Horreur... cela donne beaucoup à penser. Défiez-vous des «on dit».

*
* *

Les histoires en Océanie sont nombreuses et intéressantes. En voici une qui n’est pas mienne, étant d’autres, mais que je garantis.

A mon premier voyage de pilotin sur le Luzitano, voyage à Rio-de-Janeiro, j’avais, comme apprentissage, à faire la nuit le quart avec le lieutenant.

Il me raconta.

Il était mousse sur un petit navire qui faisait de très longs voyages en Océanie; chargements et pacotilles de toutes sortes.

Un beau matin au lavage du pont, il se laissa tomber à l’eau sans qu’on s’en aperçût. Il ne lâcha pas son balai, et grâce à son balai, l’enfant resta quarante-huit heures sur l’Océan. Par extraordinaire, un navire vint à passer et le sauva. Puis quelques temps après, ce navire ayant atterri dans une petite île hospitalière, notre mousse s’en alla se promener un peu trop longtemps. Il resta pour compte.

Notre petit mousse plut à tout le monde et le voilà installé à ne rien faire, forcé de perdre sur-le-champ son pucelage, nourri, logé, choyé et chatouillé de toutes façons. Il était très heureux. Cela dura deux ans, mais un beau matin un autre navire vint à passer et notre jeune homme voulut rentrer en France.