Ici un fonctionnaire me dit: «Est-ce que vous connaissez Huysmans? il paraît que c’est un grand littérateur; il vient d’être décoré.»

Oui, mais Huysmans a été décoré comme employé de ministère. Et notre fonctionnaire réjoui me dit: «C’est donc ça que je ne le connaissais pas.» La vraie gloire c’est d’être connu par les conducteurs d’omnibus.

Le père Corot à Ville-d’Avray. «Eh bien! père Mathieu, ça te plaît-il, ce tableau?—Oh que oui, les rochers y sont bien ressemblants.» Les rochers étaient des vaches.

In populo veritas.

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Au restaurant de très grands peintres discutent et ça n’en finit pas et l’on demande à Degas son avis. Tout ça, dit-il, c’est une affaire de cimaise. Jérôme me dit: «Voyez-vous la grande affaire en sculpture, c’est de bien calculer son armature...» Qu’en dis-tu, Rodin?

Ce qui est remarquable dans la grande Révolution, c’est que les meneurs ont été des menés. Un troupeau qui en mène un autre. Tout commence bien pour finir mal. Marat me paraît être le seul qui ait su ce qu’il voulait. Naturellement il devait être tué par une femme. Le grain de sable qui arrête la machine. La fatalité serait-elle par hasard consciente. Oh! alors le mot ne se comprend pas, ou plutôt je ne le comprends pas. J’ai été élevé par des gens qui considéraient l’histoire comme un sage enseignement. Renseignement peut-être, car je n’ai jamais vu aucun résultat qui concorde. J’espère bien que si demain nous avions la guerre avec l’Angleterre, nous ne nous laisserions pas mener par une vraie pucelle d’Orléans.

J’estime que les historiens sont de braves gens, mais qu’ils doivent être embarrassés pour agir s’il faut choisir dans le tas. Quant à moi, si je consultais l’histoire, il me semble que je ne ferais que des bêtises. Il est vrai qu’en politique je suis comme presque tous les artistes: «Je n’y comprends rien.»

Ainsi depuis quelque temps je vois que toutes les nations s’embrassent à qui mieux. Je bois à la santé!... les Rois, les Empereurs, les Présidents de la République. Et comme un serin, je me dis: «Ça sent mauvais.»

Dans un salon, presque un cornichon, le monsieur qui lit tous les bulletins politiques (l’Esprit des autres) pérore gravement. Quand il prononce la Triple-Alliance, son poing serré, symbole de puissance, se met en évidence.