Vous êtes introduit et l’on vous reçoit. Vous vous asseyez sur un pouff, forme colimaçon, en velours rouge, et sur la table merveilleuse, un dessus de quelques francs venant du Bon Marché, album de photographies et vases de fleurs du même genre. Vandales!!!

A côté du salon une très jolie salle de musée. La collection des tableaux; le portrait de l’aïeul par Rembrandt, etc...

Ça sent le moisi... personne n’y va.

La famille préfère le temple où on lit la Bible et où tout vous pétrifie.

Je reconnais qu’en Danemark le système des fiançailles a du bon en ce sens que ça n’engage à rien (on change de fiancé comme de chemises), puis cela a toutes les apparences de l’amour, de la liberté et de la morale. Vous êtes fiancés, allez vous promener, en voyage même; le manteau des fiançailles est là qui couvre tout. On joue avec le tout, mais pas ça, ce qui a l’avantage des deux parts, d’apprendre à ne pas s’oublier et faire des bêtises. L’oiseau à chaque fiançaille perd un tas de petites plumes qui repoussent sans qu’on s’en aperçoive. Très pratiques les Danois... goûtez-y, mais ne vous emballez pas. Vous pourriez vous en repentir et souvenez-vous que la Danoise est une femme pratique par excellence... Comprenez donc, c’est un petit pays; il faut qu’il soit prudent. Jusqu’aux enfants à qui on apprend à dire: «Papa, il faut de la galette, sinon mon pauvre père tu peux te fouiller.» J’en ai connu.

Je hais les Danois.

Leur littérature: on dit qu’elle est bien. Je ne la connais pas. Je me souviens pourtant d’avoir vu jouer une pièce de Brandès! Mais non, mais si, je n’en suis pas sûr. Il s’agissait d’un homme qui, en voyage, à l’hôtel, avait profité d’un de ces moments si dangereux pour une femme. Il la retrouve plus tard tranquille près de son mari. L’homme menace, sinon rupture du silence, et la femme se résigne.

Comme on voit, c’est touchant et toujours nouveau. J’ai vu jouer aussi Othello. Le grand tragédien en tournée, Rossi, jouait Othello en italien, la répartie ou contre-partie était en danois. Yago le traître était souple comme la barre de la justice et Desdemona, malgré tous ses efforts pour simuler une chaude Espagnole, n’arrivait qu’à zéro de chaleur (glace fondante).

J’ai vu jouer aussi Pot-Bouille de Zola. Là les acteurs étaient dans leur élément. La lavure de vaisselle, la crasson bourgeoisie. Les Josserand étaient parfaits, Trublot un peu moins.

A part cela, les Danoises dansent très bien; faut croire que tout leur esprit est par là. Ne jugez pas les Danois à Paris, mais chez eux. Chez nous ils sont doux comme sucre: chez eux du vrai vinaigre.