Et toujours je bâille; lentement, également, les billes zigzaguent. Toc, tic et tac.

On dit que je suis heureux... Peut-être.

Le grand tigre royal, seul avec moi dans sa cage: nonchalamment il demande la caresse, me faisant signe de sa barbe et de ses crocs que les caresses suffisent. Il m’aime, je n’ose le battre; j’ai peur et il en abuse: je supporte malgré moi son dédain. Et cette peur me rend heureux.

La nuit ma femme cherche mes caresses, elle sait que j’en ai peur et elle en abuse: et tous deux, des fauves aussi, nous menons la vie, avec peur et bravoure, avec joies et douleurs, avec force et faiblesse, regardant le soir à la lueur des quinquets, suffoqués des puanteurs félines, la foule stupide et lâche, affamée de mort et de carnage, curieuse du spectacle horrible des chaînes de l’esclavage, du fouet et de la pique, à jamais assouvie des hurlements des patients. A la sortie, mon vieux perroquet, intelligemment dit aussi son mot: «As-tu déjeuné, Jacquot?»

A ma gauche, la baraque aux animaux savants. L’orchestre cacophone pour entretenir l’harmonie: deux pauvres pitres, des hommes. Les rois de la création se donnent des giffles, des coups de pied. Les singes si instruits ne veulent les imiter.

A ma droite, la modeste baraque des mineurs. Les enfants jolis, innocents entrent là-dedans et suivent de leurs yeux si doux des créatures humaines en fer et en miniature grattant la terre et c’est noir. Au sortir les bébés émerveillés disent que c’est bien joli.

Le marchand de journaux passe en criant: «Demandez la grève des mineurs.»

Image de la vie et de la société.

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Critiques anodines.