Les enchères sont les bijoux, les peignes, tout cela dit et enlevé rapidement. On s’échauffe, l’éventail va, toujours de plus en plus activé: l’œuvre infernale s’accomplit dans la cornue; les rires, les chants accompagnent ce simulacre de Sabbat. Les gages sont vite épuisés et les combattants finissent par être comme au premier âge dans la belle nudité. Pas une seule feuille de vigne. N’ayant plus rien à donner, on se donne, et je vous promets que ni le notaire, ni M. le maire ne régularisent des amours d’un instant qui ne sauraient être éternelles.

Il est tard, et tout se refroidit, les jeunes gens et la terrible cornue, doucement, tout doucement. Le repos après l’œuvre accomplie.

Le matin tout est calme, et sur un de ces petits bahuts japonais incrusté de nacre, le vase fait son apparition première car il n’est pas encore terminé. Mais on veut déjà en jouir un tant soit peu. S’éloignant, se rapprochant, l’artiste examine son œuvre.

S’il gronde, les enfants trouvent le vase très laid, tandis que s’il est gentil et qu’il donne des bonbons, le plus petit, le bébé, dit Oui et se tait; le plus grand admire et dit: «Papa qu’il est beau!» bien entendu il dit cela en japonais.

Pour terminer le vase on travaille chaque jour pour le polir avec soin.

Et au printemps on va par couples gais et heureux, s’égarer dans des forêts de fleurs où au parfum aphrodisiaque les sens reprennent de la vigueur; on fait des bouquets qui vont si bien dans les vases cloisonnés.

P.-S.—Autrefois je racontai cela à quelqu’un que je croyais intelligent et quand j’eus terminé il me dit:

«Mais vos Japonais sont de rudes cochons!»

Oui, mais dans le cochon, tout est bon.

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