Et ces adorables petits paniers que chacun prépare pour la cueillette des cerises au beau temps revenu: tressés par des doigts agiles: arabesques japonaises leur donnent une signature.

Et ces merveilleux vases cloisonnés qui demandent tant de patience, d’adresse et de goût. Chaque paysan japonais fabrique son vase pour y mettre à la belle saison des bouquets.

Paysan! en dehors des lettrés, gens de la campagne, gens de la ville, c’est la même chose.

Voulez-vous que nous assistions à l’opération? ce sera l’affaire de deux ou trois mois pour ceux-là, et quelques instants pour vous et moi. Je ne mettrai pas votre patience à l’épreuve par de longues narrations (histoire de remplir des pages). Les éditeurs n’aiment pas cela quand le livre ne rapporte pas des billets de mille.

D’ailleurs ceci n’est pas un livre, tout au plus un bavardage.

Tout d’abord le paysan nipon fait avec soin son dessin et sa composition sur un morceau de papier qui déroulé est de même surface que celle du vase. Il sait dessiner, pas précisément comme chez nous d’après nature, mais à l’école tout enfant on lui a appris un schéma général établi d’après les maîtres.

Les oiseaux au vol, au repos, les maisons, les arbres, tout enfin dans la nature, a une forme invariable que l’enfant arrive vite à posséder au bout des doigts. La composition seule ne lui est point enseignée et l’imagination la plus vagabonde est encouragée.

Voilà donc notre habitant nipon installé avec un vase de cuivre devant lui, son dessin bien en vue à côté de lui.

Des pinces, des cisailles, fil de cuivre aplati: voilà son outillage.

Avec dextérité il donne à son fil de cuivre placé sur champ toutes les formes exactement semblables au dessin qui est devant lui, puis, au moyen du borax, il soude tous ces contours sur le vase en cuivre, bien entendu à leur place, correspondant au dessin sur le papier. Cette opération terminée, non sans un soin extrême et une grande habileté, remplir tous les vides avec des pâtes céramiques de couleurs différentes n’est plus qu’un jeu d’enfants. Toutefois, avec réflexion et un sens tout particulier des harmonies infiniment variées sans le souci des complémentaires. Le progrès n’est pas encore là: je ne sais si technique il y a. L’artiste a terminé son œuvre d’art et il devient habile céramiste. Il n’a plus qu’à cuire son vase. Le four en terre réfractaire se trouve chez tous les marchands: les paysans en ont toujours de différentes grandeurs. Une petite porte y est ménagée pour y introduire et retirer l’indicateur du degré de cuisson. Les femmes, les enfants entrent en lice: on entoure le four et son contenu avec du charbon qu’on allume doucement, tout doucement. Chacun avec son éventail attise progressivement le feu, et ce sont les jeux innocents.—Monsieur le curé n’aime pas les O—non point des paroles, mais avec des gestes, jeu auquel tous sont très exercés.