Nous remontâmes la rue jusqu’à la barrière Clichy, mais avant d’arriver, le gamin arrivait essoufflé s’écriant: «Me voilà, mon capitaine.»
Et moi, Gauguin, anxieux, de dire: «Qu’en as-tu fait?—Eh bien! dit-il, je l’ai fusillé. Tu comprends, mon devoir de soldat...»
De ce moment je crus comprendre ce qu’était cette fameuse conscience de soldat, et le garçon passant, sans mot dire, je payai les bocks, me sauvant presto, illico, le cœur en désordre.
Stéphane Mallarmé alla chercher un superbe volume de Victor Hugo et avec cette voix de magicien qu’il maniait si bien, il se mit à lire cette histoire que je viens de raconter: seulement, à la fin, Hugo, trop respectueux de l’humanité, ne fait pas fusiller le jeune héros.
J’étais confus en peur de passer pour un mystificateur. Heureusement qu’entre gens comme il faut, on se comprend. N’est-ce pas!
Rien que la reliure portant le nom de Lamartine me rappelle mon adorable mère qui ne perdait jamais une occasion de lire son Jocelyn.
Les livres! que de souvenirs!
Le marquis de Sade, ça ne m’intéresse pas, je vous assure, mais grand Dieu, ce n’est point par vertu.
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Devant moi une photographie d’après un tableau de Degas.