Sur les marches, un chat noir bondit effrayé: ma femme aussi. Elle continua cependant son chemin après hésitation. Deux pelletées de charbon, lorsque se détacha du bloc de charbon une tête de mort. Transie de peur ma femme laissa le tout dans la cave et remonta au galop l’escalier, finalement s’évanouit dans la chambre. Je descendis à mon tour et voulant continuer à reprendre du charbon je mis à jour tout un squelette.
Le tout était un ancien squelette articulé servant au peintre Jobbé Duval qui l’avait jeté à la cave lorsqu’il fut tout démantibulé.
Comme vous le voyez, c’est d’une simplicité extrême; mais cependant la concordance est bizarre. Défiez-vous d’Edgar Poë, et moi-même reprenant ma lecture, me souvenant du chat noir, je me pris à songer à cette panthère qui sert de prélude à cette extraordinaire histoire qui est: Bonheur dans le crime, de Barbey d’Aurevilly.
Souvent aussi on retrouve dans une lecture semblable un même événement que celui que l’auteur raconte.
J’allais quelquefois aux mardis de cet admirable homme et poète qui se nommait Stéphane Mallarmé. Un de ces mardis on parla de la Commune, j’en parlai aussi.
Revenant de la Bourse quelque temps après les événements de la Commune, j’entrai au café Mazarin. A une table se trouvait un monsieur, air militaire, qui me rappelait sûrement un ancien camarade de collège et comme je le regardais par trop attentivement, il me dit hautainement, tirant sa moustache: «Est-ce que je vous dois quelque chose?—Excusez-moi, lui ai-je dit, n’auriez-vous pas été à Lorial, je me nomme Paul Gauguin.» Et lui: «Je me nomme Denneboude.»
La reconnaissance fut faite aussitôt et mutuellement se raconter ce qu’on était devenu. Lui officier sorti de Saint-Cyr avait été fait prisonnier par les Prussiens et à l’entrée des troupes de Versailles à Paris il commandait un bataillon. Avec son bataillon, arrivant par les Champs-Élysées, place de la Concorde, puis remontant jusqu’à la gare Saint-Lazare, il rencontra une barricade, fit des prisonniers. Parmi ces prisonniers se trouvait un brave gamin de Paris d’environ 13 ans, pris le fusil à la main.
«Pardon, mon capitaine, s’écria le gamin, je voudrais avant de mourir aller dire adieu à ma pauvre grand’mère qui habite, là-haut, dans la mansarde que vous voyez là; mais soyez tranquille ce ne sera pas long.
—Fous-moi le camp!»
J’allais serrer la main de ce brave Denneboude, un camarade d’enfance: je ne le fis pourtant et il continua.