Je pourrais accumuler des exemples en plus grand nombre sans toutefois convaincre personne. Je le sais. Mais amoureux d’art littéraire à ma façon, je dis ici ma façon de penser.

Mon théâtre, à moi, c’est la vie: j’y trouve tout, l’acteur et le décor, le noble et le trivial, les pleurs et le rire.

En émotion souvent, d’auditeur je deviens acteur. On ne saurait croire comme dans la vie sauvage on change d’opinion et combien le théâtre s’agrandit. Rien ne trouble mon jugement, pas même le jugement des autres. Je regarde la scène à mon heure, à moi, à moi seul, sans contrainte, sans même une paire de gants.

J’ai écrit quelque part, et je ne m’en repens pas, que lire à Paris ce n’était pas la même chose que de lire dans les forêts.

A Paris on se presse. Au restaurant en mangeant je ne saurais lire autre chose que le Journal. Poste restante je lis les lettres séance tenante, quitte à les relire après. En chemin de fer, sur les rapides, je lis invariablement les Trois Mousquetaires. Je lis le dictionnaire chez moi. En revanche je ne lis jamais les livres dont j’ai lu une critique auparavant. Là, en ce qui me concerne, la réclame se fout dedans.

Tout au plus si je goûterai la moutarde Bornibus pour en avoir vu les affiches. Ici je vous mens atrocement car je n’aime pas la moutarde, mais un homme prévenu en vaut deux.

Ne vous avisez pas de lire Edgar Poë autrement que dans un endroit très rassurant. Quoique très brave, ne l’étant guère (comme dit Verlaine), il vous en cuirait. Et surtout, après n’essayez pas de vous endormir avec la vue d’un Odilon Redon.

Laissez-moi vous raconter une histoire vraie.

Ma femme et moi nous lisions tous deux devant la cheminée. Dehors il faisait froid. Ma femme lisait le Chat noir d’Edgar Poë et moi, Bonheur dans le crime de Barbey d’Aurevilly.

Le feu allait s’éteindre et dehors il faisait froid. Il fallut aller chercher du charbon. Ma femme descendit à la cave d’une petite maison que nous avait sous-louée le peintre Jobbé Duval.