Ne criez pas après Sardou, lui seul est dans le vrai.

Par maints détours, trucs aussi, on veut prouver le contraire.

L’éducation du public... un public éclairé, etc...

Dites un public-lecteur éclairé... vous serez dans le vrai.

A la scène dans le théâtre de Labiche, le bourgeois est un atroce bouffon; à la lecture le bourgeois est ma foi très respectable et très bon. Il s’en dégage une certaine philosophie bonne et aimable autant que familiale.

Mais, dira-t-on, à la scène l’acteur fortifie l’émotion, éclaire la situation. Un public éclairé a-t-il besoin de cela?

Et si l’auteur est vraiment grand, pourquoi demander à autrui, et qui nous dit quoique éclairés, que notre émotion ne vient pas uniquement de l’acteur et du décor.

Avouez plutôt que le théâtre est une grande source de fortune. Faites alors comme Sardou qui a eu le talent d’avoir du talent au théâtre. Le langage parlé est-il vraiment œuvre littéraire, et s’il l’est, n’est-il pas assommant d’invraisemblance et de pédantisme? Jouez la pièce de théâtre de Remy de Gourmont, je n’ai mémoire du titre, pièce publiée dans le Mercure, et vous verrez si le vieux roi père n’est pas un déplorable gaga, les filles d’atroces goules et tous les combattants des chevaliers de mardi-gras. Et cependant à la lecture c’est bien autre chose.

Le directeur du théâtre de l’Œuvre nous dit avec juste raison: «Donnez-moi des bonnes pièces, mais qui soient jouables.»

Paul Fort qui a commencé ce théâtre, beaucoup trop artiste pour ne pas voir la mort prochaine du théâtre littéraire a abandonné la partie pour écrire d’admirables écrits qui ne sont pas jouables.