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Ma grand’mère était une drôle de bonne femme. Elle se nommait Flora Tristan. Proudhon disait qu’elle avait du génie. N’en sachant rien je me fie à Proudhon.
Elle inventa un tas d’histoires socialistes, entre autres l’Union ouvrière. Les ouvriers reconnaissants lui firent dans le cimetière de Bordeaux un monument.
Il est probable qu’elle ne sut pas faire la cuisine. Un bas bleu socialiste, anarchiste. On lui attribue d’accord avec le père Enfantin le Compagnonnage, la fondation d’une certaine religion, la religion de Mapa dont Enfantin aurait été le Dieu Ma et elle, la déesse Pa.
Entre la Vérité et la Fable je ne saurai rien démêler et je vous donne tout cela pour ce que cela vaut. Elle mourut en 1844: beaucoup de délégations suivirent son cercueil.
Ce que je peux assurer cependant c’est que Flora Tristan était une fort jolie et noble dame. Elle était intime amie avec Mme Desbordes-Valmore. Je sais aussi qu’elle employa toute sa fortune à la cause ouvrière, voyageant sans cesse, entre temps elle alla au Pérou voir son oncle le citoyen Don Pio de Tristan de Moscoso (famille d’Aragon).
Sa fille qui était ma mère fut élevée entièrement dans une pension, la pension Bascans, maison essentiellement républicaine.
C’est là que mon père Clovis Gauguin, fit sa connaissance. Mon père était à ce moment-là, chroniqueur politique au journal de Thiers et Armand Marast le National.
Mon père, après les événements de 48 (je suis né le 7 juin 48), a-t-il pressenti le coup d’État de 1852? je ne sais; toujours est-il qu’il lui prit la fantaisie de partir pour Lima avec l’intention d’y fonder un journal. Le jeune ménage possédait quelque fortune.
Il eut le malheur de tomber sur un capitaine épouvantable ce qui lui fit un mal atroce, ayant une maladie de cœur très avancée. Aussi lorsqu’il voulut descendre à terre à Port-Famine dans le détroit de Magellan, il s’affaissa dans la baleinière. Il était mort d’une rupture d’anévrisme.