Elle avait deux filles admirables de beauté. Je me souviens de l’une d’elles enfant de mon âge, que j’avais—il paraît—essayé de violer. J’avais à ce moment 6 ans. Le viol ne dut pas être bien méchant, et nous eûmes probablement tous deux l’idée des jeux innocents.
Comme on le voit, ma vie a été toujours cahin-caha, bien agitée. En moi, beaucoup de mélanges. Grossier matelot. Soit. Mais il y a de la race, ou pour mieux dire, il y a deux races.
Je pourrais me passer de l’écrire, mais aussi, pourquoi ne l’écrirais-je pas: sans autre but que celui de me divertir.
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Et j’ai eu ces jours-ci besoin de me divertir, enfermé dans un petit îlot par suite d’inondation, comme je vous l’ai raconté plus haut. L’inondation et l’orage sont à peine terminés, chacun se débrouille comme il peut, coupant les arbres déracinés, installant de tous côtés des petites passerelles pour circuler de voisin à voisin. On attend le courrier qui n’arrive pas et en admettant une chance énorme nous avons l’espoir que dans un an l’Administration voudra bien réparer nos désastres et nous envoyer un peu d’argent.
Le courrier doit nous envoyer par extra un juge pour faire l’instruction d’un crime. Voici une lettre que j’ai préparée pour le juge, lettre qui vous mettra un peu au courant de la façon qu’on emploie pour administrer les colonies françaises.
«Atuana, janvier 1903.
«Monsieur le Juge d’instruction,
«Permettez-moi, en ce qui concerne cette affaire de meurtre dont vous allez faire l’instruction, de vous donner quelques éclaircissements.
«Il s’agit d’un homme qui, peut-être, faute de renseignements à sa décharge, serait condamné à tort pour meurtre.