«Nous, public, ne saurions connaître qu’imparfaitement ce que le brigadier de gendarmerie a pu déclarer: par contre, nous savons tout ce qui n’a pas été fait. Et cela parce que nous nous sommes donné la peine de faire la besogne, nous-mêmes.
«Est-ce donc à nous de faire la police?
«Le brigadier aurait interrogé le nègre, puis sommairement la victime et l’amie. C’est tout, c’est-à-dire presque rien.
«Cela fait, la victime a été remise à l’examen et aux soins d’un infirmier qui, pour avoir fait un petit apprentissage à l’hôpital de Papeete, n’en est pas moins un tout jeune homme léger et sans expérience.
«Deux jours après, la rumeur publique m’apprit que cette femme avait une horrible blessure au vagin qui se trouvait en pleine décomposition.
«Ne pouvant soupçonner un seul instant que cette blessure puisse avoir passé inaperçue, je n’y fis pas attention et ce n’est que 15 jours après l’affaire que le pharmacien vint me demander conseil déclarant que, tout à fait à bout de souffrances, cette femme avouait avoir une grave blessure faite au vagin. Les vers de mouche circulaient en grande quantité et il s’en dégageait une telle puanteur qu’il était suffoqué, prêt à s’évanouir, ne pouvant donner des soins que très imparfaitement. Le tout était déchiré. Déjà la gangrène s’était déclarée et survint la mort.
«On peut d’ores et déjà assurer que cette dernière blessure est l’unique cause de la mort de cette femme.
«Le nègre en est-il l’auteur?
«Et qu’a-t-on fait pour le savoir?
«A qui incombe la responsabilité de cette négligence? Ce n’est pas assurément à vous, Monsieur le Juge, qui arrivant ici très longtemps après, n’êtes pas à même d’être renseigné.