«La gendarmerie s’est contentée d’interroger presqu’au hasard, dès le début, le nègre, la victime et l’amie.

«Depuis elle n’a fait aucune enquête, ignorant ou voulant ignorer quand même cette dernière blessure; ignorant l’amant, tandis que le public s’en inquiétait, à tel point qu’un colon avertit le brigadier que l’amant, malgré son habitation très éloignée de celle du nègre, se trouvait à 3 heures de l’après-midi à cet endroit en compagnie de la victime et de son amie.

«Le parti pris de sauver cet amant apparaît presqu’en évidence.

«Le brigadier savait pertinemment, comme tout le monde ici, que le pasteur Vernier et moi (surtout M. Vernier), nous avions des notions étendues en médecine.

«Pourquoi ne nous a-t-il pas consultés en cette occasion? Par vanité, sans doute: cette vanité d’un gendarme sot et autoritaire.

«Je déclare sans crainte que si j’avais été appelé, cette troisième plaie n’aurait pu passer inaperçue et qu’il m’aurait été facile de voir si elle avait été faite avec un couteau.

«Je reconnais cependant que les deux autres blessures ont été examinées et sondées: examen qui a établi qu’elles avaient été faites toutes deux avec un couteau de moyenne grandeur et non avec un coutelas à débrousser.

«Ce couteau aurait été retrouvé dans la brousse. Si toutefois il y a contradiction entre les déclarations des deux femmes et le fait observé, n’y aurait-il pas lieu de soupçonner un mensonge intéressé, fait pour dérouter la justice?

«Mais ce qui n’est pas douteux, c’est le mutisme complet, avant et après, au sujet de cette troisième plaie qui a entraîné la mort; ne voulant accuser personne, pas même le nègre.

«Son amant tous les jours à son chevet avec force protestations d’amour entremêlées de menaces, l’entraînant au silence. Silence que fit la pauvre victime jusqu’à sa dernière heure.