Vous eussiez vu, alors, Monsieur, le baron et ses compagnons changer de physionomie et trahir leur cupidité.
— Point, dit-il, vous êtes, maintenant, en possession de nos pratiques, et il nous importe d’avoir la garantie de votre silence. Me suis-je abusé sur vous ? Vous ne sortirez pas d’ici sans nous avoir donné caution.
Un trait de lumière se fit tardivement en moi.
— Vous vous êtes en effet abusé sur ma crédulité, m’écriai-je. Permettez que, à mon tour, j’use de quelque prudence. Veuillez me prouver que le nom et le titre dont vous vous parez vous appartiennent, et que vous n’êtes pas un rabatteur de ces jeunes gens qui gardent encore un air de leur province, les abordant sous un prétexte, et, pour les exploiter, tablant sur le faible que vous avez découvert en eux.
— Mais c’est une offense de la dernière conséquence…
— Que je suis homme à soutenir, dis-je en mettant la main sur la garde de mon épée.
Le prétendu Grand-Maître avait pris une tout autre contenance. Son masque de feinte élégance s’était évanoui et ne dissimulait plus la bassesse de son visage. Il n’y avait plus en lui l’habile comédien qui s’était plu à me leurrer, mais un coquin furieux d’être mis à sa vraie place. Un de ses complices avait fermé la porte et pris la clef. Le faux baron de Dormeuil exigeait, à présent, que je payasse une rançon pour être libre. Pardieu, Monsieur, je sentis en moi de l’allégresse à pouvoir me dépenser, s’il en était besoin. Je ne fus pas long à bousculer ces trois filous et à les contraindre à me livrer passage, les laissant fort décontenancés de ma résistance. Je donnai, en partant, cet avis à mon dupeur de ne pas trop se faire illusion sur la figure des gens.
Il faut faire bien des écoles, à Paris, Monsieur. Celle-ci, du moins, ne m’a pas coûté cher. Mais quand aurai-je la véritable aventure que j’attends et que, pour vous réjouir, je pourrai vous conter avec quelque fierté ?
VII
L’Affaire du garde du corps
Ce 14 de Septembre 1770.