Assuré de ma sincérité, il s’était déclaré en ma faveur. Il me dit qu’il avait eu une entrevue avec M. l’Envoyé de Genève et qu’il avait plaidé ma cause auprès de M. Sellon, en lui représentant l’erreur où j’avais été jeté et que je n’étais point fait pour suivre la mauvaise voie. Il avait apaisé son courroux, et M. Sellon se prêtait à un arrangement : il consentait à ne point donner de suites à sa plainte et à ne voir dans l’attaque à laquelle je m’étais livré sur lui qu’une fougue étourdie. Au demeurant, j’avais déjà été assez puni. Mais, pour me donner une profitable leçon, il imposait que je lui présentasse des excuses.
— Des excuses, m’écriai-je, après que j’ai reçu de lui le plus sensible outrage, qu’il a brisé mon épée et s’est servi contre moi de ses poings. Qu’on ne les attende pas du gentilhomme que je suis, encore que je sois sans appui. Ma fierté ne condescendra pas à cet acte d’humilité. Je supporterai plutôt tout ce qu’il faudra souffrir.
— Voilà qui est fort beau, fit le commissaire, mais vous êtes prompt à oublier la situation dans laquelle vous vous trouvez. Les magistrats, s’ils ont à délibérer sur votre cas, ne sauraient, devant l’évidence des faits, vous épargner.
— Hé bien, qu’ils m’accablent sous l’inflexibilité des lois, je n’implorerai pas la clémence d’un homme qui me traita comme un rustre.
— Cependant, vous-même, vous lui sautâtes à la gorge.
— N’imaginais-je point qu’il fût un scélérat ?
— Avouez qu’il ne pouvait deviner que vous le jugiez tel.
Ces raisonnements, et ceux qu’il ajouta, en considération de l’opprobre à quoi je m’exposais, ne me purent convaincre.
Croyant que je balançais à suivre ses conseils, il se retira, en m’avertissant qu’il me laissait à mes méditations. Il revint le lendemain ; il y avait de la gravité sur ses traits.
— J’ai pris de vous, dit-il, une opinion qui rend ma mission fort pénible. Il faut quitter cet hôpital où je vous fis témoigner quelques égards, et je vous dois conduire à la prison. Réfléchissez encore. Par votre obstination allez-vous compromettre votre avenir, et porter le poids d’une flétrissure ? Une démarche auprès de M. Sellon sera chose tôt accomplie. Elle ne sera point la vexation que vous supposez. Il me semble que M. l’Envoyé de Genève, s’il est très ferme en ses déterminations, ne tient qu’à une formalité. Acceptez ce léger calice.