« — Bah ! une simple illusion. Où trouveriez-vous de tels loisirs, une société aussi aimable, des attentions comme celles qu’on vous prodigue ?
« Une semaine se passa, et M. de Melle ne parvenait point à prendre son mal en patience. On le voyait se ronger les poings de dépit et il avait des cris de colère en contemplant les barreaux de sa fenêtre. On s’avisa qu’il avait réussi à en ébranler un. Il méditait l’évasion la plus téméraire, en raison de la hauteur des murs.
« Le concierge s’inquiéta, et, alarmé de sa responsabilité, prévint M. le lieutenant de police de ce fait surprenant : un prisonnier du For-l’Évêque, qui donnait les signes du plus grand désespoir.
« M. Lenoir se rendit à la prison et se fit annoncer chez le chevalier.
« — Monsieur, lui dit-il, les rapports qu’on m’a faits de votre état m’ont déterminé à vous venir voir, car il y a une manifeste disproportion entre le traitement plein d’égards que j’ai commandé qu’on vous assurât et vos transports. J’ai lu vos couplets : vous en niez la paternité ! Soit ! Mais en fussiez-vous coupable, ils sont spirituels, c’est une demi-excuse et la peine qui peut vous atteindre ne saurait être que légère.
« — Alors, ne me retenez plus.
« — Ce n’est pas par mon ordre que vous êtes ici, et il ne dépend pas de moi, de vous ouvrir les portes du For-l’Évêque. Mais peut-être avez-vous une raison particulière de cette étrange inquiétude : vous plaît-il de me la confier ?
« — J’ai une raison, en effet : j’aime. J’aime avec toute la fougue, toute l’impétuosité d’un jeune homme. Oui, après avoir connu une existence assez dissipée, je l’avoue, la passion la plus vive et j’ose dire la plus pure est née en moi. Une femme vraiment angélique en est l’objet. Cette brusque séparation me cause le plus cruel des tourments.
« — Hé bien, les visites ne vous sont point défendues.
« — Y songez-vous, Monsieur. Ce serait compromettre une personne qui mérite tous les respects.