«  — Comment, Monsieur le chevalier, lui dit, sur un ton de reproche, Duverger, venant prendre de ses nouvelles, c’est ainsi que vous nous savez gré de nos complaisances. Toujours maussade, toujours triste ?

«  — Cela passera, fit le détenu. Quoi qu’il en soit, vous pouvez désormais vous dispenser d’un surcroît de surveillance.

«  — Mais la bonne humeur ?

«  — Laissez-lui le temps de revenir.

« Quelques jours plus tard, Duverger entretenait M. le lieutenant de police du chevalier de Melle.

«  — Il est encore morose, lui disait-il, mais il a cessé de protester, et il ne songe certainement plus à s’évader.

«  — Évidemment, répondit M. Lenoir. C’est parce que je savais la déception au-devant de laquelle il allait que je lui donnai ce congé de quelques heures, pour le rendre sage… Je connaissais son aventure sentimentale, où il a apporté quelque naïveté, pour un homme d’esprit. Il a eu la désillusion de ne pas trouver seule, mais en galante compagnie, cette personne qu’il appelait une femme angélique. Mes inspecteurs m’avaient renseigné sur les habitudes de celle-ci, qui s’accommodait fort de l’absence de cet amant dupé… Le pauvre homme cuve son chagrin, il est tranquille, désormais. Il n’a plus envie de nous quitter brusquement… Bah ! il se consolera en composant de petits vers contre la perfide… Voyez-vous, mon cher, ajouta M. Lenoir, il est bien inutile d’employer la rigueur, quand, pour arriver au but, il suffit d’un peu de politique… »

XVIII
Le théâtre obligatoire

Ce 10 de Février 1772.

Je fus, hier, Monsieur, à la Comédie Italienne. On y donnait une pièce de M. Marmontel, l’Ami de la Maison, qui, à la vérité, ne m’a point extrêmement diverti, encore qu’elle parût plaire au public. J’eus tort, peut-être, de n’y pas prendre plus de plaisir, puisque, autour de moi, on était satisfait. Je fus plus sensible aux ariettes du musicien, M. Grétry, ornant cette comédie, et qui parlent au cœur.