— Mais celui par lequel j’ai eu le malheur de tuer M. de Roye.

— M. de Roye ?… Il s’est marié voici huit jours, et il est le mieux portant du monde…

Il fallut bien que M. La Rivière comprît qu’il avait été joué. Aussitôt après son départ, M. de Roye, qui avait contrefait le mourant, s’était levé, de fort belle humeur, en riant aux éclats, n’ayant point la plus petite blessure. Il avait subtilement tout calculé, tout pesé, et n’avait point trouvé de meilleur moyen de se débarrasser du gêneur, que de feindre de le pousser à bout, de lui donner la réplique sur un ton de bravache et de pousser la comédie, jusqu’au point où il la voulait mener… Une fois de plus, la ruse avait triomphé de la force.

Je ne pus me garder de plaindre, en dépit des moqueries de M. Robbé, ce M. La Rivière.

— Parbleu, Monsieur, dis-je, n’avez-vous point quelque dégoût, à force d’être instruit de tant de vilenies ?

— Que voulez-vous, mon enfant, il faut vivre avec son temps !

— Il est pourtant d’honnêtes gens.

— Il est vrai, mais ils ne font point de bruit. Il se peut bien, toutefois, qu’ils amassent bien des ressentiments et qu’ils aient leur tour, mais ajouta-t-il avec quelque cynisme, je risquerais trop de perdre à ce changement des mœurs.

Dans le temps que nous nous retirions, j’aperçus, dans une salle voisine de la rotonde, en conversation avec une nymphe fort fardée, ce M. de Fontpeydrouze, pour lequel je ne saurais plus avoir que du mépris, en raison de tout ce que je sais de lui. Il me vit et ne se souvenant plus, ou ne voulant plus se souvenir de notre commencement de querelle, il me fit, de la main, un signe qu’on eût pu prendre pour un témoignage d’une habituelle familiarité. Mais, j’entends ne point paraître de ses amis, et je détournai la tête.

XXIII
L’Aventure