— A demain donc, Monsieur, dit-il.

— Non point, répliqua le bouillant de Roye, tout de suite.

— Soit, mais je vous tiens déjà pour un homme mort.

On se rencontra dans un endroit propice, au fond des Champs-Élysées. Il se trouvait là une place nette, faite à souhait pour n’y être point dérangé. M. de Roye avait amené un ami comme témoin. M. La Rivière avant d’entrer dans les taillis, avait prié un passant de l’assister. Les épées s’engagèrent. La Rivière n’eut pas plus tôt étendu le bras que M. de Roye poussa un cri et tomba à la renverse.

— C’en est fait de moi… gémit-il… aïe, aïe ! Que j’ai mal ! Je suis percé de part en part. Qu’on aille vite quérir un confesseur !

Ces plaintes attirèrent quelques personnes. La Rivière demeurait immobile, comme frappé de stupeur, et, en effet, il n’avait point conscience d’avoir senti grande résistance à son fer. Mais on commençait à s’attrouper et le cas lui paraissait tout à coup des plus graves. N’avait-il pas manifestement abusé de sa force contre ce chétif ? Et le fait même de s’être attaqué à un conseiller et de l’avoir rayé du nombre des vivants pouvait le mener loin.

Il perdit la tête, se jugea perdu et estima qu’il n’avait d’autre parti à prendre que la fuite. Heureux si, par là, il échappait aux suites de son équipée. Il sortit le soir même de Paris, en poste, et s’alla réfugier à Dourdan, chez un parent, en attendant qu’il pût rejoindre son régiment, n’ayant plus que le souci de se faire oublier, outre que le remords le travaillait d’avoir terriblement mis à mal, dès la première passe, un homme inexpert au jeu des armes.

Il garda sa retraite pendant un mois, jusqu’à ce que le hasard amenât dans ses parages une personne qu’il connaissait.

— Hé bien, lui demanda-t-il, quel bruit cause à Paris, mon malheureux coup d’épée ? Je ne sais rien et n’osais m’enquérir de rien.

— Quel coup d’épée ?