—En aucune façon, comme vous allez comprendre, et c'est là le second point. Non, les services que vous pouvez rendre à M. Puyoo sont d'un ordre plus élevé; et j'y arrive, le terrain étant en partie déblayé. Je suis venu ici, comme vous vous en rendez compte, pour faire une première enquête au sujet du changement qui nous occupe. M. le Vicaire est décidé à l'obtenir de M. Cassoubieilh. Mais, s'il est prévenu contre celui-ci, on ne peut dire d'autre part qu'il le soit beaucoup en faveur de M. Puyoo ou de ses idées. Sa résolution dernière il ne la prendra qu'à Ribamourt, et je sais qu'il compte beaucoup sur votre impartialité pour éclairer sa religion. Il vous appartenait donc, au profit du bien général, de l'incliner vers un ami de notre hôte, voilà tout, dont on vous dira le nom, si vous le désirez, et que vous serez le premier, alors, à juger tout à fait digne de votre appui.

—Mais enfin, messieurs, dit le Jésuite, vous n'oubliez qu'une chose en tout ceci: c'est que je suis avec M. Cassoubieilh dans les meilleurs termes, et que je ne saurais faire contre lui ce qu'il ne ferait pas contre moi.

M. Puyoo pouffa, grossièrement. On voyait parfois chez lui ressortir la couturière.

—Nous y sommes, dit-il.

—Mon Révérend, voulez-vous lire ceci, reprit le Secrétaire en lui tendant une lettre ouverte. M. le Vicaire m'a expressément donné ordre de vous la communiquer.

Le P. Nicolle lut ce qui suit: «D. G.

«Monsieur le Vicaire,

»Je ne suis pas, comme trop, peut-être, de mes collègues, un familier de la dénonciation. Excusez-moi donc si je vais droit au but.

»Quand la Société de Jésus jugea opportun de paraître se dissoudre, en France, c'est à Ribamourt que le R. P. Nicolle vint chercher un abri. Il me demanda à cette époque l'usage d'un confessionnal dans l'église Sainte-Marthe, dont je suis le titulaire indigne, me laissant entendre qu'il craignait de se rouiller en interrompant un trop long temps l'exercice de son ministère; mais qu'à part cela il ne se livrerait point dans ma paroisse à cette chasse au pénitent, et surtout à la pénitente, qui rend le voisinage des bons Pères si pénible parfois au clergé séculier, qu'occupent de multiples devoirs en dehors de la seule confession.

»Tout d'abord, la conduite du P. Nicolle fut discrète en effet, et je n'aurais eu qu'à me louer de sa présence, s'il n'était tombé peu à peu où je craignais. Peu à peu, en effet, par des moyens sur lesquels je ne veux point m'étendre, son confessionnal fut assailli par les pénitentes de tout ordre, dont sa réserve apparente, le dédain même qu'il en feignait de faire, ne faisait qu'exciter l'ardeur. Du reste, le P. Nicolle ne laisse pas d'aller dans le monde, assiste à des garden-parties, à des lawn-tennis, à des thés et autres divertissements profanes où il lui est facile de pêcher à l'âme. Dernièrement, portant ses manœuvres au comble, il est parvenu à détacher de ma tutelle religieuse une des dames les plus considérables et les plus considérées de Ribamourt, aussi distinguée par son intelligence, et dit-on par sa beauté, qu'elle l'était naguère encore par sa dévotion éclairée.