»Certes, je n'en aurais rien dit, Monsieur le Vicaire, si cette sainte et lointaine liaison, qui seule doit exister entre le confesseur et la pêcheresse, n'était, je le crains, près de se transformer entre eux, et peut-être sans qu'ils le sachent eux-mêmes. Avant que le mal ne devienne plus profond et ne tourne au scandale, comme on l'a, paraît-il, redouté, à plusieurs reprises, du même prêtre, je ne crois pas sortir de l'humilité qui me convient à tant d'égards, en vous faisant observer, monsieur le Vicaire, qu'il vous appartient d'user de votre haute influence auprès du R. P. Provincial afin qu'il impose au P. Nicolle un changement de résidence, qui serait, j'ose le dire, un grand soulagement pour moi, comme pour ma paroisse, inquiète et désorientée de ses plus naturelles déférences.

»J'ajouterai qu'il règne, malgré des apparences de froideur, une intimité singulière entre cet ecclésiastique et le desservant de Saint-Éloi-des-Mines, M. Puyoo, dont les opinions socialistes et, pis que cela, philosophiques, ne sont inconnues de personne dans le diocèse, et s'étaient déjà si bien fait jour, au Grand Séminaire, qu'il n'y put continuer à professer. Son Patronage des Conférences du Dimanche, où M. Puyoo ne prêche pas moins qu'un calvinisme, voire même qu'un socinianisme assez découverts, a déjà, j'en suis sûr, éveillé les justes méfiances de l'Évêché.

»En attendant la solution que j'attends de votre esprit de justice bien connu, je suis, monsieur le Vicaire, etc., etc.

»CASSOUBIEILH, prêtre,
»curé de Sainte-Marthe, à Ribamourt».

—M. Cassoubieilh est fou, observa le P. Nicolle. Il ne sait donc rien des personnages qu'il attaque, ni de leurs liaisons.

—Vous voyez, mon Père, reprit M. Puyoo, qu'il vous faudra changer votre gratitude en miséricorde. Quant à moi, ne pensez pas non plus que j'apporte à tout ceci de la rancune, ou une basse ambition. Mais laissez-moi vous découvrir à fond tout ce que je prétends: mon apologie viendra ensuite. Vous êtes un peu indigné contre moi, je le sens, et ne vous demande que de ne pas vous prononcer d'avance. J'ai toujours désiré de compter M. Lescaa parmi mes ouailles effectives. Le malheur est que l'Onagre ne cacha jamais assez une espèce d'éloignement que je lui inspire, pour me laisser quelque espoir. J'en avais si peu que je n'hésitai pas à le contrecarrer au Conseil des Part-prenants et n'éprouvai que peu de jalousie quand je connus votre liaison. Elle date déjà, si je ne me trompe; et M. Lescaa serait allé, l'année dernière, deux ou trois fois chez vous.

—C'est vrai, dit le Jésuite.

—Vous-même l'avez visité, voilà six mois, à plusieurs reprises, chez Mme de Charite, où vos tête-à-tête ont été remarqués.

Le P. Nicolle ne put s'empêcher de sourire.

—Quelle police! remarqua-t-il. Et l'on nous accuse.