—J'aurais donc pu, continua le curé, vous entreprendre bien plus tôt. Mais rien n'était assuré encore de M. Lescaa qui, vous le savez, a été jadis libéral, c'est-à-dire irreligieux. C'eût été me faire un confident inutile. Hier enfin, j'appris (peu importe comment) que vous étiez appelé auprès de lui: c'est pourquoi je vous ai demandé une entrevue. Je suis assuré de votre grande influence sur M. Lescaa, et, pour tout dire d'un coup, voici ce que je désire que vous obteniez de lui...

M. Puyoo s'interrompit un instant, étonné peut-être lui-même de ce qu'il allait dire, et soudain sautant le pas:

—Il faudrait, acheva-t-il très vite, d'abord que l'Onagre écrive, en faveur de mon ami, aux Cultes, où il a des influences; et enfin... qu'il nous lègue un million—ou un peu plus—pour fonder une caisse de politique sociale.

Le P. Nicolle jeta sur M. Puyoo les mêmes yeux dont on regarde un fou, mais, de son lointain fauteuil, le sous-secrétaire assura avec douceur:

—Tout ceci est fort sérieux.

—En ce cas, répondit le Jésuite, dispensez-moi de continuer un débat inutile. Mais je me croirais, à la longue, dans un roman-feuilleton: les Captations de Loyola... ou la Résurrection de Rodin...

M. Puyoo eut un geste déprécatoire.

—Je vous en prie, dit-il; un moment encore, et puis vous raillerez tout votre saoûl. Cette somme vous paraît immense, mais la fortune de M. Lescaa ne l'est-elle pas? Croyez qu'elle dépasse vingt millions, trente peut-être. Cela n'est point connu, ni que, voilà deux ou trois ans, M. Lescaa a presque triplé son bien par des affaires de pétrole—dont le sieur Etchepalao a su profiter à la queue.

—Monsieur le curé, vous me ferez tourner la tête.

—Bon, je la connais. Elle braverait Galilée lui-même. Elle me donnera raison malgré vous.