—Le dernier, Lida?
—Tenez-vous sage, Vitalis. J'ai fait ma paix avec le Bon Dieu, la vôtre avec Sabine. Elle vous aime, j'en suis sûre aujourd'hui. Dites-lui de ma part que j'en suis heureuse.
—Mais si on me la refuse?
—Le testament de M. Lescaa vous ôtera de doute: vous l'épouserez, Vitalis; et il fera soleil. Ce jour-là, je veux l'habiller moi-même, Vitalis, et la parer pour vous. Le soir, en défaisant ce que j'aurai noué, en entr'ouvrant ce que j'aurai clos, si vous pensez à moi, que ce soit pour oublier.
Basilida inclina son front, baissa la tête. Elle était un peu pâle.
—Mais c'est aujourd'hui qui est amer, dit Vitalis, à qui la mélancolie donnait du cœur, c'est de songer qu'on se quitte. Est-ce vraiment Dieu qui vous appelle, Lida, et pensez-vous à notre passé déjà long?
—Déjà trop long, murmura-t-elle.
—Que de fois nous nous sommes embrassés dans cette chambre même; que de choses nous nous y sommes dites, doucement.
—Que de choses durement.
—Je ne veux plus me souvenir que des autres, de celles qu'on n'ose dire qu'un peu bas, au crépuscule, quand on commence à ne plus se voir,—comme maintenant, Lida. Dites-moi que vous regrettez, non pas les minutes heureuses, mais les autres, celles qui valent mieux que le bonheur.