—Je parlais de celles qui sont admises, Les Part-Prenants sont socialistes, vous le savez bien.

—Socialistes! Où mettez-vous vos pieds, répliqua le capitaine qui s'échauffait. Idiots, ils sont: c'est moins compliqué. Demandez à M. le Maire.

—Mon Dieu, expliqua celui-ci, il y en a de bons. Quoique je sois parfois tenté de regretter Mongommery, et qu'il ne soit plus là, de temps en temps, pour leur faire, comme il disait, «une saignée de sang ardent et corrompu».

—Si vous parlez politique, reprit Malevain, vous savez que mes fonctions m'empêchent de vous causer.

—Il suffira, répartit le Maire avec un peu de sécheresse, qu'elles vous aident tout à l'heure, selon que nous en sommes convenus, à faire respecter un mort dont les pauvres au moins devraient tous porter le deuil. Si l'on savait tout ce qu'il a donné au bureau de bienfaisance, en catimini, sans compter les deux curés, et jusqu'au pasteur.

—Jusqu'au pasteur, dit Laharanne: c'est un peu loin!

—Saint-Éloi aussi, observa alors Lubriquet avec l'air de faire un mot. Et il serait temps de s'y rendre..... Mais qu'est-ce que c'est que ça?

Des clameurs indistinctes s'élevaient sur l'autre rive. On vit soudain plusieurs personnes traverser le pont en désordre, et, plus loin encore, d'autres qui couraient. Aussitôt les clients du Soleil d'Étain furent debout et traversèrent. Le brigadier se hâta en gémissant vers Saint-Éloi; il avait des bottes, et pataugeait en retenant un trop étroit képi contre le vent. A côté de lui, M. Dessoucazeaux sautait de pavé en pavé, le pantalon retroussé, le parapluie ouvert. La plupart le suivaient, et bientôt l'on fut au courant.

Un groupe de Part-Prenants avait accueilli le cortège, devant la maison Lescaa, par des cris d'injure. De quelques-uns qu'on les avait vus d'abord, ils avaient grossi en nombre, crié plus fort; et personne ne les contredisant, s'étaient mis à suivre le mort, bras dessus bras dessous, en criant d'une façon lente et funèbre:

—Rends l'argent, rends l'argent!