—Non. Ce n'est que Detzine, la gouïate. Nous sommes un peu cousins, vous savez, étant de Mesplède, tous deux. Et té, je voulais lui dire bonjour, en passant: la grande porte était sur mon chemin, plus près que celle du verger; ma foi, je suis entré comme un Monsieur.
—Et bien vous fîtes, Firmin. Il n'y a pas de porte close aux poètes. Mais, dites: si vous veniez boire un verre? Detzine ne séchera pas pour attendre un peu plus. D'ailleurs, elle se porte très bien.
—Et vous m'avez l'air d'un bon ausculteur, dit l'homme, avec un rire d'enfant qui étonnait, entre sa barbe noire, et les rides de son front dégarni.
—Quoique j'ai eu mon âge, moi aussi, où j'aurais laissé la belle cuisse de poularde sur mon assiette, pour en tâter d'une autre sorte. Et encore aujourd'hui, il me semble que je n'en serais pas au point du régent d'Hargouët, qui, le soir de ses noces, voulait dormir sur le fauteuil, pour ne pas gêner sa femme. Ah, s'il voulait seulement me la prêter.
—Mais vous êtes marié, Firmin.
—Au diantre, té, je l'oublie toujours.
—Comme de me raconter votre mariage, et comment vous avez manayé le beau-père.
—Ah, le vieux franc-maçon! Un jour que vous viendrez à Mesplède, je vous dirai ça, devant la Marie-Jeanne, et une bouteille de mon vin bouché. Du Jurançon, que mon oncle le vicaire—dé l'aoüte coustat dou poun—m'a envoyé.
Il avait fait volte-face pour accompagner Vitalis, tous deux devisant en béarnais, le langage ordinaire de Firmin. Poète bien connu de tout le Béarn sous le nom de Firmin de Mesplède, c'est là, étant tailleur, et assis comme un Boudha sur sa table de chêne, qu'il discourait éloquemment tout le long du jour. Parfois, c'était un conte du roi Henry, ou du roi Artus; parfois, des bergers, et quelque chanson d'amour, d'absence, de mélancolie, dont le meunier ou le colporteur, lès coudes à la fenêtre, sentait son cœur plus chaud que pour un verre où rit le soleil dans le vin.
Cependant ils étaient arrivés sur la place Jeanne, lieu irrégulier, poudreux, bossu, que hérissaient, naguère des barbes de leurs pignons, quelques maisons à poutres noires, du temps des Centulle et des Albret. L'une après l'autre, on les avait remplacées par des «immeubles» plats du toit, dont les façades étaient peintes en manière de pierres de taille. Ces bâtisses étaient considérées avec dégoût par les Parisiens en cours de traitement. Et cela scandalisait les Mortiripuaires qui les soupçonnaient un peu de jalousie.