—Comment, tout seul d'hommes, s'informa Cérizolles languissamment. Il y a des lions, peut-être, comme dans la forêt des Ardennes.

Guiche secoua la tête.

—Est-ce que vous croyez à la mythologie, demanda-t-elle?

—Mon Dieu, ça dépend de l'heure.

—Vous riez, mais c'est une chose très vraie, au fond. En plein midi, l'été, quand les champs, les jardins, les bois, sont immobiles de chaleur; et que rien n'est en vie, rien que la source dans les herbes, avec sa voix cachée; ou bien cet oiseau, le martin-pêcheur, qui ressemble à un bijou bleu, lancé sur la rivière,—alors, il y a tant de choses qu'on devine autour de soi. Quelquefois, on dirait qu'il n'y en a qu'une, immense, qui respire et vous absorbe, comme si la terre tout entière n'était qu'une seule et même grosse bête. Alors, pour avoir peur—qui est si bon—on appuie l'oreille contre les vieux arbres, et l'on entend remuer ces espèces de dieux moitié bétail, qui dorment le jour, qui rêvent peut-être derrière l'écorce des chênes, à moins qu'ils ne s'échappent pour courir après les enfants... Comment les appelle-t-on, déjà.

—Voilà. Quand ils portent quelque chose, ce sont des Télamons. On en fait des pieds de table et des consoles. Quand ils ne portent rien... eh bien je suppose que c'est comme dans Malbrouk. On n'a jamais su le nom du quatrième soldat.

—Vous n'êtes jamais sérieux, dit-elle.

—Mais si, mais si. Excepté...

—Et vous êtes méchant, vous aussi.

Elle contemplait d'un air assombri Vitalis qui s'en revenait avec Mme Beaudésyme. Il ne lui parlait pas; et, comme il se tenait tout près d'elle, son pas, tout son corps pour ainsi dire, épousait le rythme de la jeune femme; et, de même qu'on pense, après un concert, entendre ce que l'oreille ne distingue plus, peut être Sabine les devinait-elle pareils à deux instruments qui vibrent encore d'un accord évanoui.