—Je veux bien, fit-il; et se leva.

—Où vas-tu?

—Où vont les filles, donc: sur un trottoir... prendre l'air.

Mme Beaudésyme lui barra la porte. Elle méprisait son amant, soit; le haïssait, passe encore; mais ne voulait pas le perdre. De cela, au moins, elle était sûre: autant que de cette jalousie qui la broyait comme un pressoir, où elle n'était plus qu'une grappe douloureuse. A demi rhabillée, en jupon, avec ses blanches jambes nues, et ses cheveux à l'abandon, ses cheveux d'or femelle, qui bouffaient sur ses épaules comme un paquet de filigranes, elle contemplait, déjà repentante d'y avoir insulté, celui qu'elle avait reçu dans son lit. Elle le tenait embrassé par sa taille de demoiselle. Les plus belles larmes coulaient sur ses joues; un de ses seins avait sauté hors de la chemise; et elle suppliait. Mais Vitalis, saoûl de plaisir lui aussi, las d'une même présence, obsédé de reproches, demeurait de glace devant ces fureurs nouvelles et plus tendres. Debout et muet contre le lit, il avait encore à la main son béret qu'il venait de reprendre. Pour tout dire, il songeait à Sabine que l'on rencontrait d'ordinaire, à cette heure-ci, sous les platanes du Jardin Public, entre Bottine et Monotonto.

Sans rudesse, il tenta d'écarter la jeune femme; celle-ci, laissant glisser ses bras le long du corps de son amant, tomba à genoux:

—Vitalis, tu ne m'aimes plus.

A ce reproche mille fois entendu, le jeune homme, qui sentait la patience lui échapper avec la tendresse, répondit d'un air, hélas! trop sincère:

—Non.

La jeune femme se détacha soudain de lui, comme de la branche, un oiseau blessé, et porta ses mains à son cœur.

—Ce n'est pas vrai?