«La géographie, qui embrasse par définition le reste des arts, puisque, non contente de décrire les accidents pour ainsi dire physiques de notre planète, elle s'attache encore aux moeurs et à la coutume des hommes, se recommande, mieux encore que la mythologie, à la faveur des jeunes personnes, par la pureté comme par la variété de son discours, en sorte...» Et Sylvère respira.
Ils étaient arrivés près du Port Vieux. Par l'échancrure on voyait la mer, d'un bleu profond, palpiter sous un ciel plus pâle. La bonne odeur du sel remplissait l'air. Ils descendirent jusqu'au creux de la petite plage, s'assirent à l'ombre.
Autour d'eux des enfants faisaient des pâtés de sable. Plus loin, un abbé espagnol, l'air carliste, causait avec une institutrice allemande: celle-ci, par intervalles, se levait, marchait sur une paisible petite fille en rose qui jouait à quelques pas de là, et l'apostrophait d'objurgations gutturales en la secouant par l'épaule.
—D'ailleurs, dit Mariolles en reprenant la conversation d'un peu plus haut, je ne veux pas vous faire de reproches sur votre danse, puisqu'elle m'a valu un peu de vous connaître, vous vous rappelez, à ce bal d'officiers?
—Si je me rappelle, fait Sylvère en haussant les épaules. Et puis, Tony, ce n'est pas là que vous m'avez connue, puisque c'est depuis toute petite.
—Oui, mais c'est là que je remarquai, pour la première fois, combien vous aviez changé depuis jadis, au jardin de votre grand'mère, quand je vous faisais sauter sur mes genoux, et que les tilleuls nous pleuvaient dessus ces petites fleurs qui tournent, qui tournent. J'étais en costume de marin, je pense, avec un grand col, vous en chemisette tout court,—toute courte, et qui poussiez des cris de souris blanche.
—C'est singulier, dit Sylvère d'un air rêveur, combien il y a de gens qui vous ont fait sauter sur leurs genoux, et avec qui...
—Avec qui on ne voudrait pas recommencer. Je vous remercie.
—Mais il me semble... dit la jeune femme.
Elle se tait tout d'un coup, comme si elle allait dire une sottise, rougit, et promène autour d'elle des regards troublés. Elle contemple sans les voir, le ciel et la mer devenus d'un saphir plus obscur, les ombres qui s'allongent. C'est l'heure du bain.