—Non, non, vous viendrez dans un moment. Je veux faire un petit complot avec Mme de Sainte-Mary.

Mariolles les accompagne pourtant jusqu'à la porte de l'hôtel, et les regarde disparaître. On dirait deux soeurs, pense-t-il; et cette intimité rapide, qui l'aurait offusqué ce matin, lui parait maintenant tout à fait plaisante.

Il retrouve San Buscar attaquant un second gobelet. Et buvant, à petits coups de paille, celui qu'a laissé Sylvère:

—C'est vrai que c'est mauvais, dit-il.

Cependant plusieurs gentlemen passent à la cantonade, d'un air détaché, seuls ou par très petits groupes, et pénètrent dans une antichambre rouge, pour disparaître derrière une lourde porte que semble garder un dragon redoutable à la sanglante livrée. Au reste, il ne dévore aucun de ces imprudents. Le vrai monstre, ce n'est pas lui.

—Venez-vous? dit San Buscar.

—C'est que je monte à l'hôtel dans un instant; et puis ma femme m'a demandé de ne pas jouer.

—Peste, mon cher, vous êtes docile. Mais la vue n'en coûte rien. Tenez-moi compagnie dix minutes.

A leur tour, d'un air détaché, ils pénètrent dans l'antichambre rouge, et de là dans l'autre salle.

Mariolles n'y découvre aucun changement depuis ses dernières visites. La partie n'est pas très grosse. Autour de l'unique table verte règne un silence tendu, coupé parfois d'un colloque à voix basse, d'une imprécation solitaire, plus rarement d'un concert détestatoire contre le croupier qui veut ramasser des pontes en carte, ou contre l'innocent égaré là, qui a tiré à six.