—Non, mais j'aime que les choses se passent régulièrement.

—D'abord, ça sent bon, continue Sylvère. Et il y a des tas de bruyères violettes et roses qu'on a envie de cueillir. Et puis j'espère toujours apercevoir un berger qui tricote sur des échasses, comme lorsque j'étais enfant.

Imogène lui prend la main, et de sa voix un peu rauque, si émouvante quand elle se fait tendre:

—Comme vous êtes drôles, dit-elle, vous autres Françaises. Il n'y a aucune part où vous avez joué, étant petites, ou bien étant grandes, pleuré, vous pourriez y revenir sans être émues. Les places où moi j'ai été, ou non, auparavant, c'est le même pour moi; même où j'étais amoureuse.

—Pourquoi me faites-vous ces yeux-là, s'écrie Sylvère; on dirait qu'il y a un noyé dedans!

—Et permettez que je vous dise, ma chère amie, intervient San Buscar avec gravité, les endroits où vous avez été amoureuse—vraiment...

—Plaignez-vous, Cristobal. Pensez-vous que c'est pour ne l'avoir jamais été que je partage avec vous mon lit-toilette cette nuit?

Mariolles fait une demi-grimace.

—Voulez-vous bien ne pas raconter ces choses, lui dit-il entre haut et bas.

Imogène, sous la table, lui allonge une ruade légère, presque une caresse, et Mariolles garde un instant entre les siens un pied mince et long qui s'avoue prisonnier d'assez bonne grâce.