A la fin, au bruit, et aux coups de sonnette de Sylvère épouvantée, un valet et une servante se déterminent à accourir lentement. Mais la vue d'un jeune homme évidemment courroucé, qui brandit une arme fumante, les confirme dans l'idée qu'il ne sied point au domestique de se mêler à la querelle des maîtres, et cependant la dame à l'accent russe, qui a fini par trouver des allumettes, fume des cigarettes au hashich, et se tient commodément assise à contempler cette petite scène.
Elle ne tarde pas, d'ailleurs, à le devenir de famille, Mme de San Buscar (peignoir de linon vert-de-gris, babouches de fourrure, chignon hâtif, très bas, sur la nuque), qui survient avec son mari, reconnaissant son frère dans l'assassin.
—C'est vous, Lord!
—Tiens! Imogène. Je ne pensais pas vous voir avant deux ou trois jours. Bonjour, San Buscar. Comme ridicule vous êtes, avec cette chose sur la tête.
Le fait est que Cristobal, habillé à la hâte, est resté coiffé d'un foulard noir et rouge, qui lui fait des cornes sur les tempes. Laissant les siens s'arranger entre eux, il s'occupe à calmer les domestiques, dont le courage a crû avec le nombre, et qui, cinq ou six maintenant, parlent de traîner le meurtrier chez le commissaire.
—Au Mexique, leur explique-t-il, cela ne ferait lever personne. On y tire des coups de revolver toute la nuit, pour la moindre controverse, pour rien, pour le plaisir. Dans sa chambre, tout seul, on fait des cartons, pour s'entretenir la main.
Et son foulard lui donne un air patriarcal qui sème la conviction dans les coeurs.
—Lord, dit Imogène, vous allez faire des excuses au baron de Mariolles-Sainte-Mary, c'est mon ami, et sa femme, quand vous la verrez.
—Je ne la connais pas, fait le jeune homme.
—Oh! c'est vrai; mais justement, vous devez.