Cependant Mariolles se démêle avec surprise d'un sommeil obscur. Un instant il rêve que c'est Imogène, là, en train de forcer sa porte. Mais les derniers coups de pied le réveillent: il lui semble que son rêve monte, monte, avec lui, d'un obscur abîme, et vient crever à la lumière, comme une bulle d'air qui était posée sur les feuilles, au fond de l'eau. Sylvère, de son côté, ouvre, avec une épouvante confuse, des yeux gris tout brouillés de songe.
—Oh! oh! qu'est-ce qu'il y a, crie enfin Mariolles.
—Voulez-vous sortir tout de suite, crie de son côté le jeune homme ivre, et me laisser les chambres.
—C'est un fou, pense Mariolles, qui se décide à aller voir sans se vêtir davantage.
Confrontations de quelques secondes au bout de quoi, devinant un ivrogne qui se trompe d'appartement:
—Qu'est-ce que vous demandez, dit-il: pas à boire, je suppose. Vous ne voyez pas que ce n'est pas ici chez vous?
—Voulez-vous sortir, continue l'autre. Et qu'est-ce que vous avez fait de mes costumes? (Car l'appareil léger de Mariolles se confond, dans cette cervelle éclairée à l'alcool, avec une vision de vêtements mis au pillage.)
—Voyons, laissez-moi dormir, ou je vous fais fiche dehors par la police.
—Au voleur! au voleur! hurle le Yankee; et, de son pied, il empêche Mariolles de refermer la porte. Celui-ci, impatienté, envoie, d'un coup de poing sec au creux de l'estomac, le jeune étranger prendre contact avec un guéridon derrière lui. Ces deux objets se répandent aussitôt; l'Américain se relève seul, et, saisissant prestement son revolver sur sa cuisse droite il le décharge (trop haut) contre la porte refermée. Un seul coup part, et le jeune homme, regardant son arme, constate qu'il ne s'y trouvait qu'une balle.
—Oh! gentlemen, s'écrie-t-il, en se remettant à tambouriner contre la porte, voulez-vous me prêter des cartouches?