(Traduite de l'anglais.)

«Lord, je suis furieuse contre vous, littéralement. Que signifie cette absence imprévue? Est-ce que vous avez découvert quelque nouvelle caillette de l'Atropatène, toute blanche de graisse sous la plume? Est-ce que vous dormez sous une table? Pourquoi m'abandonnez-vous; et ne comprenez-vous point que si vous me laissez comme cela, en proie à mes folies, ce sera à vous la faute de mes fautes? «Tout cela parce que vous êtes jaloux. Ne dites pas non. Vous le fûtes toujours, et tout petit garçon, déjà; comme ce soir où vous étiez venu cacher votre tête dans mes genoux, et tremper de larmes ma robe de bal. Ma première robe de bal, Lord: je ne sais pas ce que je vous aurais fait.

«Aujourd'hui, vous ne pleurez plus; vous vous terrez. Pourquoi? Ai-je rien fait qui vous soit nouveau? Faut-il que je ne me laisse plus admirer; ou me trouvez-vous si laide qu'il ne me soit plus permis de paraître belle à personne? Et qui jamais s'avisa de se fâcher pour un flirt? Est-ce que je me fâche, moi, de toutes vos bouteilles de wiskey: ou de cette Mme d'Erèse que mon mari est en train de vous souffler!

«Mais prenez garde, Lord: si vous n'êtes pas là pour me défendre, je finirai par ne plus savoir, toute seule. Et vous ne vous serez pas si longtemps débattu contre des serpents imaginaires que je ne finisse par vous faire avaler, quelque jour, une couleuvre pour tout de bon, comme on fit à ce Laocoon, qui en mourut.

«Ainsi, mon frère chéri, revenez. Je me sens perdue au milieu de tous ces gens quand vous n'êtes plus là. Il me faut votre visage blanc près de moi, et prendre votre bras, et vous raconter de ces belles histoires que vous écoutez avec les yeux.

«Yours,

«IMOGÈNE.»

Floride d'Erèse à Cristobal
de San Buscar.

«J'ai envie de vous appeler: Gros-Ami, comme ce personnage de la Double Maîtresse. Vous en fâcherez-vous? Gros Ami, donc. Je ne sais pourquoi je pense à vous tout le long d'aujourd'hui. Ce n'est pas que j'ai besoin d'argent. Ce n'est pas non plus que je vous aime plus que d'habitude; et, d'ailleurs, ce dont je brûle à votre égard, c'est un sentiment paisible, bon feu de bûches: non point de ces éclatantes flammes qui aveuglent le coeur. Vous savez ce que dit Nietzsche, qu'il n'y a presque aucun homme dont une femme d'esprit voudrait avoir un fils. Jamais, chez moi non plus, les désirs que vous causez ne vont jusqu'à celui de l'enfantement. Est-il vrai au moins (vous le dites), que vous ressentiez pour moi des mouvements plus profonds; que ma seule vue vous jette dans un désordre passionné? Ou bien (excusez-moi) tout cela est-il seulement, comme dirait Herbert Spencer, le passage de l'Imogène à l'hétérogène?

«Mais je m'égare, et j'oublie le principal: c'est mes jarretelles. Vous vous rappelez qu'elles devaient être en vermeil. Or il paraît qu'on ne peut pas le filer assez fin pour en faire des rubans qui ne pèseraient pas; bien entendu, elles doivent s'attacher à un tour de taille assorti, et non pas à mes ceintures, qu'elles déchireraient. Il faudra donc que le tout soit en ruban d'or et, naturellement, moins bon marché; sans compter les pierres, dont on pourra mettre un peu plus, à cause de la diminution du poids. Alors je vous prie de passer chez celui qui doit les faire, pour vous arranger avec lui. Surtout, ne marchandez pas: c'est un garçon de bonne famille, qui s'occupe de bijoux par amour de l'art. Il est Italien, et se nomme Gustave Portugalof. Si vous l'entendiez parler de leur palais ancestral à Venise, où sa mère, après une longue maladie, s'est éteinte toute blanche, parmi les cierges et les Franciscains, en égrenant des chapelets de pierres précieuses. Son magasin est rue Royale, entre le Maxim's et Jansen. Je ne me rappelle pas le numéro.