—Mais ce serait un gros mensonge.
—Mais, objecta Sylvère, il n'y a pas d'autre moyen. Vous savez mieux que personne, ma mère, qu'au parloir on ne pourra pas causer sans être entendu; et, si je ne dis pas que c'est mon frère, comment pourrai-je sortir avec lui? On voit que c'est l'Ange Gardien qui était en question, et comment il viendrait rendre compte à Sylvère de ses fonctions délicates.
—Enfin, reprit la Mère avec un soupir, il en faut bien passer par où vous voulez, puisque c'est pour le plus grand bien de votre mari, paraît-il, que vous tenez à faire passer de jeunes étrangers pour vos frères. Je me figure, s'il savait tout ce petit mic-mac, qu'il regretterait de vous avoir si facilement permis de venir, sans lui, faire la retraite à Versailles. Et j'aimerais mieux, je vous assure, des moyens moins compliqués, plus... plus honorables que ceux-là. Sans compter que vous me faites faire un péché.
—Ne me grondez pas, ma Mère, dit la jeune femme en se pendant à son bras. Je suis déjà assez malheureuse.
Sans plus mot dire, elles continuèrent la promenade. Le sable cria sous les talons de Sylvère; un clairon qui chantait au loin, dans quelque cour crayeuse de caserne, perça l'air doux et doré du mourant automne.
Le lendemain même, M. Walter de Crissey, soi-disant René de Ribes, se présenta au parloir et demanda à voir sa soeur.
Sylvère descendit aussitôt, prête à sortir, et passa la grille.
—Bonjour, René, dit-elle.
—Bonjour Sylvère, vous ne m'embrassez pas?
Et, sur les joues de la jeune femme impuissante, l'insolent posa deux baisers.