Sylvère ayant sonné chez Floride, une soubrette jeune, grasse et laide, à qui elle fit part de ses noms et qualités, ainsi que d'un très vif désir de voir M. de San Buscar, l'introduisit dans le petit salon art-nouveau qu'on a déjà décrit au chapitre v, et déclara qu'elle allait vérifier si Monsieur le comte se trouvait là, quoiqu'elle ne le crût point. Par surcroît, Sylvère lui confia une de ses cartes où elle avait écrit: «Affaire urgente. Votre femme...», et attendit seule, l'Ange Gardien étant resté en bas dans le fiacre.

San Buscar était, en effet, chez Mme d'Erèse: il apparut au bout de quelques minutes, fort ému, et pareil, dans son désordre extrême, à un baigneur qu'on interrompt en ses apprêts au bord d'une rivière; les cheveux en révolte, nulle cravate et une bottine chevauchant son pantalon. Il demanda, sans presque prendre le temps de saluer:

—Qu'y a-t-il donc?

Sylvère eut un moment d'embarras. Mais, reprenant son courage:

—Il y a, dit-elle, que votre femme vous trompe avec mon mari.

A ce moment une porte, qui s'entr'ouvrit derrière Sylvère, laissa apercevoir, mais à peine, le visage clignotant de Mme d'Erèse, un peu de linge blanc, puis se referma; tandis que San Buscar, qui avait pris un air accablé:

—Carajo, dit-il; vous êtes sûre?

—Très sûre. Ils ont rendez-vous à l'hôtel des Échelles, rue de Châteaudun.

—C'est oune infamie, gronda cet époux malheureux.

Et il s'assit dans un fauteuil en bois lie-de-vin.