P.-S.—Je ne pense pas que vous ayez aucune affaire dans mon pays. Autrement, écrivez-moi à Mexico, calle de los Doscientos Heroes.»

Gédéon-Lord Harryfellow à Imogène.
(Traduit de l'anglais.)

«Imogène, j'ai passé pour vous voir. Vous n'y étiez pas, m'a dit cette femme de chambre au vilain regard, que vous gardez, envers et contre tous, à votre service. Vous devinez ce que j'allais vous dire, ou plutôt tâcher de vous dire. Car au dernier moment, qui sait si vous ne m'auriez pas acheté une fois de plus avec vos yeux et votre sourire, comme vous faisiez déjà, petite fille, quand je vous avais surprise à caresser quelqu'un de vos sweethearts derrière le paravent, et que vous aviez peur que je le répète à nos parents. Mais, à vous écrire, j'aurai plus de courage; et votre portrait qui est là sur ma table a beau avoir l'air de dire non, il faut que vous le sachiez, Imogène, c'est bien horrible, ce que vous venez de faire.

«Ainsi, au même temps où vous m'écriviez cette lettre qui me fit revenir à Paris si joyeux, oui, dans ce même temps, vous vous risquiez follement pour ce ridicule Français qui parle tout le temps, qui saute, qui a la barbe en pointe. Ah! si je savais parler comme eux. Et n'ont-ils donc pas de pudeur de montrer ainsi leur âme nue, ou bien s'ils mentent? Et moi, il y a tant de choses, de belles choses, que je pense, dont je ne sais pas les mots. Et pendant que je reste, sans rien dire, à remâcher les morceaux de mon coeur jusqu'à ce qu'ils m'empoisonnent, un autre survient... Quoi! Imogène; et quelle honte; ces gens de police aussi, ils vous ont vue—plus que je ne vous ai jamais vue. Étaient-ils nombreux? Est-ce qu'ils ont ri? Et quelqu'un d'entre eux n'a-t-il pas voulu savoir si vous étiez aussi douce à la main qu'aux yeux? Pardonnez-moi, je deviens grossier; mais j'ai tant de jalousie, et je me suis drogué pour tout vous dire une fois.

«Le mal est que je ne sais pas bien nettement moi-même où j'en suis; et il n'y a qu'une chose dont je sois sûr, c'est de ne plus pouvoir me passer de votre présence. Vous êtes nécessaire à ma vie, Imogène; il faut que j'entende le bruit de vos pas autour de moi, que je voie votre mouvement, que je vous écoute parler ou demeurer silencieuse, que je vous regarde me regarder—et me sourire. Qui donc vous aimerait plus que moi?

«On prétend, je le sais bien, qu'entre frère et soeur l'intimité tombe aisément au scandale. Qu'elle y tombe donc; et je ne sais ce que vous en pensez, mais à moi votre aspect voile toutes les autres choses. Et que me font la vertu, la fortune, la réputation, au prix de la couleur de vos yeux, qui sont comme le jour dans une eau vive.

«Pourquoi ne partirions-nous pas tous les deux, loin de cet horrible Paris? Votre position n'y va pas être tenable, et, à tout prendre, il vous faut un compagnon. Nous voyagerons si vous l'aimez. Tous les paysages me seront beaux si vous les ornez. Vous aurez en moi le serviteur le plus asservi, et, quant aux gages, je ne suis pas exigeant, Imogène: vous me donnerez ce que vous voudrez.

«LORD.»

Imogène à Cristobal de San Buscar.

«Mon bon Cristobal, que vous aviez été éloquent, ce soir où vous parlâtes contre le divorce chez votre tante de Barracajal. Et maintenant? Il ne faut jamais, voyez-vous, cracher dans les fontaines, si l'on n'est pas assuré de n'avoir jamais soif. Car j'imagine que vous voulez divorcer. Sans cela je ne vois pas pourquoi vous auriez dérangé cet honnête M. le Commissaire et son latin. Était-ce pour lui offrir gratuitement de votre femme un de ces spectacles pour lesquels, paraît-il, des gens curieux payent fort cher? Je ne le pense pas. Divorçons donc, Cristobal, divorçons. Sapons les bases, comme vous disiez. Vous avez contre moi, je pense, tous les témoignages nécessaires, les preuves les plus convaincantes. Si tout cela ne suffit pas encore, faites-moi signe: je suis prête à compléter.