—Qu'est-ce qu'elles ont à m'acheter comme ça? Je suis sûre que j'ai quelque chose qui ne va pas. Regardez.

Elle sourit d'un air victorieux et tourne avec lenteur sur elle-même, en haussant les seins.—Sa robe est bleu pastel ornée de boutons en émail camaïeu, où sont représentés des attributs Empire—la jupe volantée trois fois en forme, tout en bas. Et son chapeau est fait d'un seul oiseau dont on dirait, tant il est plat, que pendant longtemps quelqu'un de très lourd s'est assis dessus. Enfin elle cesse de girer, et me dit d'un air grave:

—Pourquoi voulez-vous que j'admire toute cette décadence? Ça ne vaut pas mieux que Florence; et vous savez, aussi bien que moi, que Michel-Ange a tué la sculpture.

Sur le moment ça me donne un coup. Mais je me remets et lui demande avec douceur:

—Nane, est-ce que vous connaissez M. Claude Anet?

—Oui, de nom.

—Eh bien, il a écrit une chose sublime: c'est qu'«il faut battre les femmes maigres avec un bâton».

Nane hausse les épaules et regarde le soir qui tombe. Elle se retourne pourtant, au bout de quelques minutes, et me dit d'une voix mouillée:

—Corot a dit quelque chose de bien plus sublime à propos du crépuscule.

Je prévois.