C'est d'abord une espèce de géant qui rit d'un accent germanique sous sa «tête», tandis qu'il étudie, de ses mains énormes et laiteuses, un masque d'apparence plus aimable, une soubrette, qui, ayant quitté son domino, le porte roulé sur un bras et demeure là en ce galant déshabillé d'estampe. Elle a gardé du fil de fer sur la figure, mais ses épaules sont nues, blanches au demeurant et ornées d'un large collier d'or vert, de perles, d'opales.

C'est ce collier que Nane contemple avec une attention passionnée. Enfin, elle s'exclame tout haut; la soubrette, ayant levé les yeux, nous aperçoit, quitte aussitôt son antagoniste et s'esquive parmi la cohue.

—Saleté! siffle Nane., et, prenant mon bras: Venez, me dit-elle, il nous faut l'attraper.

Dire que l'enthousiasme m'attache ses ailes aux pieds serait une exagération. Je suis, pourtant, sans tout à fait comprendre l'aventure, ni les raisons que peut avoir mon amie de haïr cette jeune personne en jupon à raies, dont l'aimable tortuosité trahissait tout à l'heure un sexe désormais presque inattendu en ces lieux. Nane cependant se tait, et suit sa piste.

Mais des gens, sans cesse, nous coupent. Une Milanaise, dont la robe de velours olive, fendue sur le côté, laisse apercevoir que le personnage est en maillot, s'incline révérencieusement devant Nane, et d'une criarde voix:

—Venez voir, tous, clame-t-elle, venez donc voir Madame!

Puis c'est un Arlequin d'une obscénité inattendue, dont le costume collant et versicolore laisse, ça et là, par quelques losanges vides, apparaître un peu de chair. Il brandit vers nous une batte qui a l'air d'un symbole ithiphallique, ou d'une palette à croupiers.

Nous passons. Voici Valenciennes encore et sa queue de provinciaux. Depuis plus d'une heure, sans savoir pourquoi, ils la suivent, comme ils suivraient toute autre chose, propre ou sale, pourvu qu'elle soit notoire.

Mais Nane aperçoit derrière une colonne la soubrette en train de remettre son domino. Elle y court; l'autre s'échappe encore: moi continuant à suivre, et, mon Dieu, que je dois avoir l'air sot!

Enfin un groupe retient la fugitive; et Nane bondissante atteint sa proie. Elle ne dit toujours rien, mais cherche à lui enlever son masque: l'autre lutte, se détourne, et Nane, s'en prenant soudain au collier, l'arrache à force. Il cède, se brise, des pierreries roulent à terre, et, tandis que des obligeants s'occupent à les ramasser, la soubrette de nouveau a disparu.