—Et la klebbe, pendant ce temps, qui me regardait avec ses airs de Diane au mépris; je l'aurais saignée. Il fallut tout de même la prendre dans un coin, lui expliquer. Ah! ce rire qu'elle eut; je l'entends encore: c'est des choses qui vous durcissent le coeur, pour le reste de la vie.

Quand même, elle me consola: «Je n'ai pas ma bourse, me dit-elle; mais le gérant me connaît, tu parles. On va lui faire le boniment.» Là-dessus, monte le gérant, qu'elle prend à part; un gros, c'était, qui est mort depuis dans les tours Notre-Dame, d'une frayeur qu'il a eue, il paraît. Et je le voyais faire des grands bras d'assentiment. Alors on est venu enlever l'addition. Pendant ce temps, ma douce amie était à causer et rire avec la femme du vestiaire. Puis on rapporta les vêtements, et nous nous séparâmes, moi un peu fraîche, elle voulant me retenir. Mais j'allai me coucher; j'en avais ma claque, des tragédiennes. Et voilà qu'en ôtant mon pardessus, je déniche trois billets de cent francs, qu'elle y avait mis. Ah! je vous promets que je n'ai fait qu'un bond jusque chez elle!

—Vous étiez furieux?

—Pensez donc, d'avoir été si gourde avec une femme comme ça; une femme de coeur, monsieur. Le plus drôle, c'est qu'elle m'attendait.

—C'est tout ce qu'il y a à faire, après l'amorçage.

Le vieux monsieur, qui est peut-être pêcheur, n'a pas l'air de l'avoir dit méchamment, et le conteur clôture par ces mots:

—Pas une fois, d'ailleurs, nous n'avons reparlé de ça ensemble.

—Mais, la note?

—Je n'ai pas besoin de vous dire que je l'ai payée, ou plutôt fait payer par un homme d'affaires; on a même fait une réduction. Car, dans les grands restaurants, c'est toujours meilleur marché de faire attendre.

Tout cela étant plus riant, au fond, pour Cintra que pour moi, je me remets à faire des grimaces à Mary Merrycourt, qui prend un air furieux, et change de place avec un de ses cavaliers. Je ne puis pourtant pas continuer ma mimique avec le Monsieur. Alors je retombe à la conversation: ce n'est plus Cintra qui parle, maintenant; mais son compagnon n'est guère plus drôle, et raconte des aventures de jeunesse.